"Maintenir le livre en vie, même après son existence commerciale"

Antoine Oury - 02.06.2014

Edition - International - Authors Alliance - Internet Archive - Google


Le mouvement partira de San Francisco, avec ou sans fleurs dans les cheveux : 250 auteurs, essentiellement des universitaires se sont réunis dans une nouvelle structure, l'Authors Alliance. Leur objectif premier reste bien entendu la défense des intérêts des écrivains, mais adaptée à l'ère numérique et aux moteurs de recherche. Ils réclament une réforme du copyright, pour faciliter la diffusion des oeuvres.

 


Large copyright sign made of jigsaw puzzle pieces

Quelques pièces à changer ? (Horia Varlan, CC BY 2.0)

 

 

Tandis que l'Authors Guild, organisation majeure, représentante des auteurs, a clairement fait savoir ses positions vis-à-vis de Google et de ses « scans sauvages », notamment dans une procédure judiciaire au long cours, l'Authors Alliance entend proposer une alternative plus modérée. « Nous voulons aider les livres des auteurs à vivre au-delà de leur existence commerciale », explique Pamela Samuelson, professeure de droit à Berkeley et fondatrice de l'Authors Alliance.

 

Samuelson, elle aussi, ne cache pas son point de vue quant à la numérisation et la mise en ligne des oeuvres : l'universitaire a publié plusieurs contributions dans le cadre du procès Authors Guild - Google Books, en faveur de ce dernier... « La plupart des livres ont une vie commerciale plutôt courte, et les auteurs voudraient que leur existence intellectuelle se poursuive, qu'elle soit longue et riche. Mais l'ironie veut que le copyright qui protège les auteurs se retourne parfois contre eux et rende leurs livres introuvables », explique-t-elle.

 

De cette perspective, on comprend le soutien de Samuelson aux numérisations de Google : des livres oubliés, disparus, introuvables se retrouvaient dans les résultats du moteur de recherche, et de nouveaux lecteurs pouvaient découvrir un titre au hasard d'une requête. 

 

L'Authors Guild a également son avis sur la question : l'organisation historique reprochait à Google non seulement ses numérisations sauvages, mais également l'affichage de publicités dont les revenus étaient perçus par Google, unilatéralement. « Si Google peut le faire, alors tout le monde peut suivre, et cela ouvre la porte à une monétisation inattendue, sans notre participation ou notre prise en compte », rappelle T.J. Stiles, membre du comité d'administration de l'Authors Guild. Qui n'a pas hésité à envoyer une lettre à ses confrères pour leur déconseiller d'adhérer à l'Authors Alliance...

 

James Shapiro, vice-président de l'Authors Guild, s'est fait encore plus sarcastique vis-à-vis de l'organisation concurrente, la comparant à une simple réunion de professeurs de droit et à « une coucherie avec des sociétés comme Google, trop heureux de partager le lit avec eux ». Il reproche par ailleurs aux universitaires de se baser sur leur seule expérience, où la publication est plus un moyen de reconnaissance qu'une source principale de revenus.

 

Un conflit entre les deux organisations que Samuelson tente d'apaiser en soulignant que l'Authors Alliance ne mènera pas de campagne de lobbying à Washington, mais tentera d'informer au maximum les auteurs et les lecteurs sur les lois régissant le copyright, et leurs effets sur le partage de la culture et de l'information.