Maison E, de l'édition traditionnelle pour auteurs autopubliés

Antoine Oury - 04.12.2015

Edition - Les maisons - Maison E édition - Édilivre David Stut - AParis groupe


La montée en puissance de l'autopublication a précipité les diagnostics sur la fin de l'édition telle que nous l'avions connue. Si certaines mutations sont incontournables, on constate que ces deux modes de communication au public ont plutôt tendance à se mélanger : le groupe AParis, qui abrite les services d'autopublication Edilivre ou Publibook, se dote ainsi de Maison E, ou l'édition traditionnelle pour des auteurs autopubliés.

 

La biographie de Téléphone par Daniel Ichbiah, second ouvrage de Maison E

 

 

Le groupe éditorial AParis rassemble désormais une variété de maisons, et autant d'offres pour les auteurs indépendants : « Connaissances & Savoirs s'adresse à la communauté scientifique, Société des Écrivains est plus tourné vers le participatif, Mon Petit Éditeur fait du compte d'éditeur... », nous expliquait David Stut, le directeur général d'AParis en septembre dernier, au moment du rachat de Publibook au groupe Petit Futé.

 

« Nous sommes maintenant un ensemble, et nous souhaitons mettre en avant les belles plumes que nous avons au sein de notre catalogue », explique David Stut. Ce sera le rôle de Maison E, « sorte d'aboutissement pour nos auteurs », résume-t-il. La stratégie est assez simple : les auteurs s'autopublient au sein des différentes filiales du groupe AParis, et l'équipe éditoriale de Maison E cherchera à repérer parmi eux les textes les plus marquants, en prenant en compte qualité et potentiel commercial. Les titres sélectionnés bénéficieront ensuite d'un travail éditorial, ainsi que d'une mise en avant à travers des stratégies de promotion.

 

Les deux premiers titres de Maison E ont rempli ces critères : Sauver demain, Révoltons-nous !, par Jacques-Olivier Gratiot, Toni Casalonga et Robert Salmon tombe à pic pour la COP21, avec sa préface de Nicolas Hulot, quand Téléphone est un nouveau livre sur le groupe de musique, réactualisé par des entretiens inédits, que signe Daniel Ichbiah, un poids lourd de la biographie. Signe de ce modèle d'édition hybride, l'ouvrage de Daniel Ichbiah avait d'abord été autopublié par l'auteur, voilà une dizaine d'années. Maison E envisage de publier 5 à 10 livres par an, dès 2016, majoritairement de la fiction, « mais nous n'excluons pas les autres genres, tant que le style nous touche ».

 

Prouver que l'on publie des livres uniques

 

La comité éditorial de Maison E, composé par la directrice éditoriale d'Edilivre, Olivier Petot (Publibook) et David Stut, surveillera les productions des auteurs du groupe AParis en priorité, mais n'exclut pas de proposer des contrats à d'autres auteurs autopubliés. La préimpression, le stock, la diffusion et les éventuelles réimpressions seront assurés par le groupe. Maison E se distinguera avec un format original et une lucarne dans la couverture, « pour prouver que nous pouvons publier des livres uniques », souligne David Stut. Cela semble fonctionner, puisque la librairie L'Écume des Pages, entre autres, a été l'une des premières à se saisir d'un stock de Téléphone.

 

Maison E proposera aux auteurs autopubliés un contrat qui couvrira les exploitations papier et numérique, mais entend « enrichir au maximum les versions numériques avec l'auteur », précise David Stut. Pour Téléphone, cela signifie l'ajout de dizaines d'heures d'interviews inédites réalisées par Daniel Ichbiah, mais cet enrichissement prendra d'autres formes avec les fictions, par exemple.

 

Avec Maison E, « nous voulons prendre les risques que prendrait une maison traditionnelle », souligne David Stut. Y compris au niveau de la promotion : la maison va ainsi tenter de proposer le livre de Daniel Ichbiah à la sortie des prochains concerts que le groupe, reformé ou presque, assurera.