medias

Malaisie : un libraire risque deux années de prison

Clément Solym - 20.06.2012

Edition - Justice - Malaisie - Irshad Manji - prison


On croyait les librairies Borders finies, mortes et enterrées, mais manifestement, la Malaisie avait encore une boutique ouverte, où un libraire a eu le majeur de commercialiser un ouvrage interdit, parce que contraire aux règles de l'islam. Pour mémoire, l'islam en Indonésie incarne à bien des égards une menace de radicalisme.

 

Souvenirs, souvenirs. En mai dernier, Irshad Manji était tout simplement interdit de séjour dans le pays, et tombait sous le coup des menaces d'intégristes. « Voilà quatre ans, je suis venue en Indonésie, et j'ai rencontré une nation de tolérance, d'ouverture et de pluralisme. Les temps ont changé », expliquait l'auteure. (voir notre actualitté)

 

Le gouvernement du pays est d'ailleurs à majorité musulmane, et censure régulièrement des ouvrages considérés comme des dangers horribles - ah, Voltaire… - pour la stabilité religieuse du pays. Et, tiens donc, c'est le livre justement d'Irshad Manji que l'on cite comme étant l'une des dernières victimes de cette campagne de censure. Et qui est aujourd'hui responsable de la chute du libraire.

 

 

Irshad Manji

 

 

Or, notre libraire, qui a été accusé mardi et incarcéré, risque une peine de prison de deux années, accompagnée d'une amende, s'il est reconnu coupable. Nik Raina Nik Abdul Aziz s'est fait prendre la main dans le sac : sa librairie a été inspectée le 23 mai dernier et l'on a découvert l'ouvrage interdit sur les tables. Mais selon son avocat, cité par CBC, le livre n'avait été interdit par le pays qu'après la visite des inspecteurs. 

 

D'autant plus que les tribunaux musulmans de Malaisie n'ont de juridiction que sur les citoyens musulmans. L'audience de l'accusé a été fixée au 19 septembre.

 

Dans son ouvrage, Irshad prône une vision de la religion permettant de réconcilier la foi et la liberté « dans un monde grouillant de dogmes répressifs ». Selon elle, cette interdiction de vendre le livre « est une insulte à une nouvelle génération de Malaisiens. La censure traite les citoyens comme des enfants. Elle refuse aux êtres humains la liberté de penser par eux-mêmes ».

 

Et toute l'ironie, dans cette histoire, c'est que le livre penche en faveur d'une foi, certes, mais d'une foi tolérante. « Il permet de rapprocher Allah et la liberté, montrant que les musulmans peuvent être des penseurs indépendants et des croyants sincères en un dieu aimant. »

 

C'est la charria qui décidera si le libraire a bien enfreint l'article 13 sur la vente de livres interdits, et la société ne sait quoi répondre. « Berjaya Books a, de tout temps, pleinement collaboré avec les autorités et a informé ses employés, musulmans et non-musulmans. » Cependant, les musulmans représentent aujourd'hui près de 60 % des 30 millions d'habitants du pays. 

 

Une seule chose peut encore sauver le libraire : l'interdiction du livre a été publiée dans le journal officiel le 14 juin, même si l'interdiction remonte au 29 mai. « Il n'existait aucun moyen pour Borders de faire savoir que le département des affaires religieuses considérait ce livre comme nuisible », ajoute le groupe.