Malaisie : Une libraire de Borders Bookstore face à la charia

Julien Helmlinger - 08.01.2015

Edition - Librairies - Borders Bookstore - Charia - Islamisme - Politique - religion


Il y a une dizaine d'années, la chaîne internationale de librairies Borders Bookstore ouvrait une vaste boutique à Kuala Lumpur, capitale de Malaisie. Le président des opérations internationales de l'entreprise avait alors précisé que les livres jugés offensants pour la communauté musulmane n'y seraient pas commercialisés, comme le veut la loi du pays. En cette année 2015, le magasin est fermé et les employés de la chaîne ont de tristes histoires à raconter.

 

 

 Photographie prise dans l'un des deux tribunaux, via la page Facebook de soutien à Nik Raina

 

 

D'autres librairies faisant ou ayant fait partie du réseau Borders, qui avait fait faillite aux États-Unis courant 2011, demeurent ouvertes en Malaisie, et notamment plusieurs à Kuala Lumpur. La boutique du centre commercial Gardens, rachetée par Berjaya Books, a connu en 2012 une descente des agents du JAWI, surnom du Département des affaires islamiques de l'État malaisien.

 

Dans leur collimateur, Allah, Liberty, & Love, livre de la Canadienne Irshad Manji, dont les exemplaires ont été saisis au cours de l'opération. Nik Raina, qui était la manager de la librairie, a été arrêtée et inculpée pour avoir diffusé de la littérature critiquant l'application de la charia. Un individu reconnu coupable de ce chef d'accusation dans le pays risque une peine de 2 ans de prison.

 

En Malaisie, la charia côtoie la législation civile. Elle ne s'applique en théorie qu'aux musulmans, ce qui est le cas de l'accusée. Mais après plusieurs années de batailles judiciaires, Nik Raina a finalement remporté son procès civil, au cours duquel la défense a invoqué le caractère illégal de la descente du JAWI. Le raid avait précédé l'interdiction du livre par le ministère de l'Intérieur local.

 

De surcroît, l'interdiction du bouquin a été levée en 2013. Mais le tribunal de la charia n'a pour autant pas abandonné ses poursuites contre la libraire. Il aura fallu que cette dernière remporte son dernier appel, au cours duquel le tribunal civil lui a finalement donné raison contre le tribunal de la charia, reprochant, non sans une certaine ironie, sa « mauvaise foi » à l'organe de répression.

 

Le tribunal de la charia est désormais prié d'abandonner ses accusations contre Nik Raina, mais la partie adverse n'a pas encore officiellement obtempéré. Une page Facebook est dédiée à ceux qui souhaiteraient apporter leur soutien à Nik Raina, et défendre ainsi la liberté d'expression.