Manger le coeur de sa mère : le poème scandaleux en Corée

Clément Solym - 11.05.2015

Edition - International - Corée jeunes - poème scandale - génération portrait


En Corée, un livre jeunesse vient d'être rapatrié de toute urgence dans les entrepôts. L'éditeur Chulganil avait défendu sa collection bec et ongle, mais quand l'art se confond avec le cannibalisme, la situation se corse. Quand A Single Dog, recueil de poèmes d'enfants, avait été publié le 30 mars dernier, et les critiques n'avaient pas manqué. Et un des textes a soulevé les cœurs.

 

 

poème corée manger coeur mère génération 

 

 

C'est l'histoire d'une jeune fille qui ne veut pas se rendre à l'école. Et qui propose un texte poétique, pour expliquer comment se défiler. Écrit par une petite fille de 10 ans, le poème s'intitule « Un jour tu ne veux pas te rendre à hakwon ». Les hakwons sont des établissements scolaires privés, qui se comptent en dizaines de milliers juste à Séoul. Ces instituts très coûteux préparent les élèves à l'entrée à l'université, sortes de boîtes à bac, ouvertes à tout niveau, et tout âge. 

 

Le poème de cette jeune fille, Lee, donc, raconte comment ne pas aller en classe, avec une recette de cuisine consistant à dévorer sa mère. La traduction est libre :

 

Mache et mange ta mère

Fais-la bouillir et mange-la, fais-la cuire et mange-la

Retire ses globes oculaires et mange-les

Enlève toutes ses dents

Arrache ses cheveux

Transforme-la en viande maigre, et mange-la en soupe

Si elle verse des larmes, lèche-les toutes

Et mange son cœur en dernier. 

 

C'est là le plus douloureux

 

Le tout est accompagné d'une illustration pour le moins claire. Officiellement, la société d'édition avait donc défendu son ouvrage, et affirmé qu'elle ne modifierait rien. Mais après de nombreuses plaintes de parents, voici la maison contrainte à rappeler ses livres. Dans un message, elle affirme qu'après les vacances, le 6 mai dernier, elle fera le nécessaire pour récupérer le plus grand nombre d'ouvrages possibles. 

 

L'éditeur a également reconnu que ce texte avait certainement dépassé les limites de la liberté d'expression. Kim Suk Boon, l'éditeur, affirme que si le texte était venu d'un adulte, jamais il ne l'aurait fait paraître. « Parce que c'est un livre dans lequel de jeunes enfants écrivent leurs propres histoires, nous l'avons imprimé, sans modifications. » Y compris le dessin qui allait avec. 

 

« Une fois que le livre quitte l'auteure, c'est dans les mains des lecteurs, et nous savions que nous recevrions des critiques des lecteurs. Cependant, nous croyons que les gens peuvent aussi le lire, et découvrir un triste autoportrait de cette génération et refléter la mauvaise éducation de jeunes enfants », assure-t-il. La société promet cependant de faire plus attention à ses parutions à l'avenir. (via All Kpop)