Manque de diversité dans l'édition : la science-fiction pointée du doigt

Orianne Vialo - 10.08.2016

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D’après l'étude #BlackSpecFic​, menée et publiée le 26 juillet par le magazine Fireside Fiction, les auteurs noirs de nouvelles de science-fiction sont très peu représentés dans le milieu. Sur 2039 fictions courtes publiées par 63 magazines américains en 2015, seulement 38 d’entre elles ont été écrites par des auteurs noirs, soit un peu moins de 2 % des histoires publiées. 

 

silent diversity

(DryHundredFear, CC BY 2.0)

 

 

Cecily Kane et Weston Allen, les deux auteurs de ce rapport, ont principalement travaillé à partir d’informations fournies par les magazines eux-mêmes, ainsi que les statistiques de populations aux États-Unis. Après l’étude de toutes les données, ils en sont venus à ce constat édifiant : 60 % des magazines pris en compte n’ont pas publié d’histoires écrites par des auteurs noirs en 2015. 

 

Le racisme au coeur du problème de diversification des profils d'auteurs

 

Dans son édito, intitulé « Fiction, nous avons un problème : le racisme — structurel, institutionnel, personnel, universel », le directeur de la publication de Fireside Fiction, Brian White, met en avant la structure systématique de la discrimination raciale que l’on retrouve principalement dans la communauté de l’édition pour les nouvelles de science-fiction. Selon lui, les auteurs renoncent souvent à se faire publier par manque d’opportunités, et surtout, à cause des « préjugés » dont ils sont les victimes. 

 

« Le domaine de la nouvelle de science-fiction et de fantasy — au moins les publications américaines, qui constituent la majeure partie du domaine —, publie rarement des auteurs noirs » explique Brian White. Il insiste sur le fait que ce rapport visait à exposer un problème récurrent et anormal dans l’industrie. « Dans le cas peu probable où seuls 2 % d’histoires [sur le nombre total d’histoires écrites, peu importe la couleur de peau de l’auteur, NdR] ont été soumises et écrites par des auteurs noirs, nous devons examiner le problème réel : ce racisme systématique. »

 

« L’édition traditionnelle traite les écrivains noirs comme s’ils étaient des anomalies »​

 

Selon Brian White, l'édition des nouvelles de sciences fiction est un secteur très touché par le phénomène antiblackness, à traduire « mouvement contre les personnes noires », et prône les écrivains blancs. « Les éditeurs doivent cesser de prétendre le contraire » dénonce le magazine Fireside Fiction. 

 

L’écrivain N.K. Jemisin, auteur de The Fifth Season (Orbit, 2015), intervient dans le cadre de l'étude menée par ce même magazine, en expliquant que certains auteurs, qui n’ont pas pu se faire publier par les moyens dits traditionnels, ont choisi de se tourner vers d’autres méthodes, comme l’autopublication. « Il y a un gigantesque marché de l’autopublication, contrairement à celui des auteurs noirs publiés dans les magazines. Cette tendance [à l’autopublication, NdR] a augmenté dans les années 90, quand cette tendance a commencé à émerger. L’industrie de l’édition traditionnelle traite les écrivains noirs comme s’ils étaient des anomalies. »

 

Différentes études qui mènent plus ou moins aux mêmes conclusions

 

Une autre étude menée en 2015 par Lee & Low Books, le plus grand éditeur multiculturel de livres pour enfants aux États-Unis, a sondé plus de 40 éditeurs et magazines pour identifier la diversité dans l'édition. Il a été conclu que 80 % des personnes travaillant dans le domaine de l'édition sont blanches. Les résultats ont révélé que les problèmes de diversité vont bien au-delà du simple rapport éditeur/auteur.  

 

Ils ont analysé le personnel de toutes les maisons d'édition, et de tous les organes de presse interrogés pour cette étude. Dans les départements du marketing et de la publicité, 77 % des employés sont blancs. Pourtant, ce sont ces mêmes personnes qui prennent des décisions concernant la façon de présenter les écrits dans la presse et aux consommateurs. 

 
Dans le cadre de l'étude menée par Lee & Low Books, Kima Jones, créatrice de l'entreprise Jack Jones Literary Arts, expliquait : « Les racistes disent que les auteurs et écrivains noirs ou de couleur ne peuvent pas écrire le "grand roman américain". Cette façon de penser est vieille de plusieurs décennies. Les gens ont besoin de voir que la littérature est une création artistique. Dire autre chose, c'est diminuer l'intégrité de l'art. »

 

Un problème rencontré à l'international

 

Encore une fois, c’est le problème du manque de diversité chez les auteurs — et plus intrasèquement du racisme — qui est pointé du doigt. L’éditeur Penguin Random House UK a d’ailleurs joué cartes sur table en lançant la campagne WriteNow pour trouver et publier des auteurs « sous représentés dans le monde du livre et de l’édition » Le but ? Attirer de nouveaux auteurs à signer chez lui, auteurs bien trop souvent sous-représentés chez les éditeurs. Sont concernées les communautés LGBTQ, lesbien, gay, bisexuel transgenre ou queer), BAME (black, asian, minority ethnic), ou les auteurs porteurs d’un handicap.

 

Tom Weldon, directeur général chez Penguin Random House UK déplorait que « [l]es livres et l’édition ne reflètent tout simplement pas la société dans laquelle nous vivons ».

 

Ci-dessous, une infographie sur le sujet réalisée par Lee & Low Books :