Manuscrits en eaux troubles : précis de premiers secours

Clément Solym - 19.07.2011

Edition - Société - sauver - manuscrit - abimer


Aucun collectionneur n’est à l’abri d’un éventuel dégât des eaux. S’il est impuissant pour empêcher une inondation, il joue, en revanche, un rôle essentiel dans le sauvetage de ses documents. Averti, il pourra ainsi minimiser considérablement les dommages, voire les destructions. Voici la première partie des bons réflexes à avoir en cas de « déluge » !


L’eau. Si elle est généralement source de vie, elle est aussi l’ennemie jurée de vos documents anciens. Si un incendie dans des archives ou une bibliothèque peut s’avérer particulièrement destructeur, il l’est d’autant plus que la plupart du temps, il est accompagné de dégâts des eaux suite à l’intervention des pompiers.


D’importantes dégradations peuvent également se produire lors d’inondations dues à une rupture de canalisation dans le bâtiment ou à des pluies torrentielles, sur plusieurs jours, provoquant crues ou effondrement de toiture : ce fut le cas en 1966, à Florence, où plusieurs centaines de milliers de volumes de la Bibliothèque nationale centrale ont été détruits ou endommagés.En effet, tout dégât des eaux est un risque de perte d’informations capitales, difficilement récupérables. La seule solution : agir rapidement sans céder à la panique!

Premiers secours

Le délai pour intervenir est de 24 à 48 h, à partir du début du sinistre. Au-delà, les documents s’agglomèrent les uns aux autres de manière irréversible et se déforment, le phénomène de diffusion des encres empire, rendant le texte illisible et en cas de température ambiante supérieure à 20°C, les moisissures et micro-organismes commencent à se développer.

Évidemment, il est essentiel de concentrer l’intervention sur les documents les plus rares et les plus précieux. Il est donc avisé d’établir et de tenir à jour une liste des documents les plus exceptionnels à sauver en priorité. Une main d’œuvre nombreuse et formée est alors la clé de la réussite du sauvetage.

Dans tous les cas, il faut sortir rapidement un à un les documents du lieu de l’inondation, de préférence à plat sur un support rigide et éviter à tout prix de les prendre ou de les transporter verticalement, car le papier gorgé d’eau s’alourdit terriblement et risque à tout moment de rompre. En outre, si le conditionnement, souvent acide et coloré (boîte, reliure mobile, portefeuille...) est mouillé ou même légèrement humide, il est essentiel de le séparer du document qu’il contient, lorsque cela est possible. Au cours de toutes ces manipulations, il faut absolument veiller à ne pas superposer les documents ou toucher l’encre avec les doigts au risque d’aggraver les détériorations initiales.

Ces premières tâches accomplies, on va pouvoir distinguer deux situations : celle des documents entièrement mouillés et celle des documents humides ou peu mouillés. Chacune d’entre elles mérite alors un traitement spécifique que nous approfondirons dans l’épisode 2 de « Manuscrits en eaux troubles » !


Légende  :

La crue de la Seine, rue Jacob à Paris en janvier 1910. Les livres flottent dans les rues. Photographie de la Préfecture de police de Paris, Direction régionale de la police judiciaire, service de l'identité judiciaire. Bibliothèque historique de la Ville de Paris.
© BHVP / Roger-Viollet