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Marché du livre 2016 en France : bilan économique et éditorial

Nicolas Gary - 30.03.2017

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ÉTUDE – La lecture repose sur un prérequis essentiel : le temps disponible, et l’attention que l’on peut consacrer à s’immerger dans un livre. L’étude Ipsos/CNL 2015 pointait que 72 % des Français ne lisent pas par manque de temps. L’institut GfK établit un bilan du marché du livre en 2016, et des biens culturels, en posant ce premier constat.

 

Livre Paris 2017

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

« L’économie de l’attention », voilà une notion bien contemporaine : entre 2011 et 2016, le temps consacré au film a nettement augmenté – de 3h54 à 4h18 – de même pour la musique – de 6h13 à 7h30. Comment ne pas corréler cette donnée au taux d’équipements des foyers en écrans ?

 

Les offres Deezer, Netflix et consorts se déclinent sur les ordinateurs, les smartphones et consorts. Or, entre 2014 et 2016, la consommation de biens culturels dématérialisés est passée de 18 % à 26 %.

 

Dans le même mouvement, note GfK, les biens culturels sont passés de 8,84 milliards € à 7,76 milliards € – avec un rebond de 1 % en 2015, par rapport à 2016.

 

Mais le livre dans tout cela ? Eh bien, sur les 20 produits culturels les plus vendus, huit sont des romans – Guillaume Musso en place d’ailleurs deux.

 

En 2016, 359 millions de livres ont été vendus, cumulant papier et numérique. Or, le numérique seul, en regard de 2015, aurait connu une croissance de 13 % alors qu’en cumulé pbook et ebook, le recul est de 1,2 %. Le chiffre d’affaires est de 3,93 milliards € – l’ebook augmente de 12 % et au global, le recul est de 1 % par rapport à 2015.

 

L’une des tendances observées, c’est le recul des ventes de best-sellers : les ventes de plus de 100.000 exemplaires, qui représentent 7,5 % du chiffre d’affaires global, perdent 11 %. De même, les ventes entre 10.000 et 99.999 exemplaires – soit 26 % du CA – perdent 4 %. Seules les ventes de 1000 à 9999 ex. grimpent de 2 % (43 % du CA global), quand les strates 50/999 et 1/49 ex. restent stables.

 

Autre point, le fameux fonds résiste, mais par fonds, GfK entend les titres parus avant 2013 : ils représentent 46 % des ventes (- 3 %), le fonds récent (2013-2015) chute de 0,5 % et représente 34 %, et les nouveautés 2016 sont en croissance de 1 %, pour peser 20 % du CA.

 

Les années 2015-2016 ont été littéralement portées par deux titres phares : Astérix, avec 23 millions € de CA en 2015 et Harry Potter, 33 millions € en 2016. Notons que l’Euro 2016 a permis de réaliser + 12 millions € par rapport à 2015. Quant à la réforme scolaire, elle a apporté + 15 millions €.

 

Signe d’une fin des temps, les livres de coloriages ou l’art thérapie s’essoufflent considérablement : avec 29 millions € en 2015, on passe à 14 millions € en 2016.

 

Des secteurs frappés durement par les technologies

 

GfK montre également que plusieurs secteurs de l’industrie sont directement concurrencés par des nouveaux usages : les plans de ville par Google Maps, les dictionnaires par Wikipedia, le bricolage par les tutoriaux... La chute la plus drastique est celle des secteurs informatiques et réseaux, passant de près de 35 millions € à un peu plus de 15 M€.

 

Enfin, voyons un point spécifique : l’impact de l’achat de classiques en papier, disponibles en numérique, gratuitement, du fait qu’ils se trouvent dans le domaine public. La lecture de ces ebooks représente 17 % de la consommation d’ebook des Français. La fiction classique parue avant le XXe siècle est passée de 4 millions d’exemplaires à 2,8 millions d’exemplaires, soit 30 % de baisse.

 

Enfin, le marché de l’occasion serait en croissance pour 2016, avec + 0,6 %, pour ne toutefois peser que 16 % du marché en volume.

 

La distribution des livres va de pair avec le développement de la vente en ligne : avec 72 milliards € (+ 15 %), il est évident que le livre suit une tendance sociale globale. En 2015, on comptait 10,7 millions d’acheteurs de livres sur internet, contre 11,3 millions en 2016.

 

Indépendamment des circuits de vente, le plus gros succès de vente est celui de Harry Potter et l’enfant maudit, avec 852.000 exemplaires, suivit par deux livres de Guillaume Musso, L’instant présent et La fille de Brooklyn, respectivement 633.000 et 545.000 exemplaires. Notons bien que les aventures du petit sorcier avaient chuté fortement en 2008, avec une légère remontée en 2015. Quant au prix Goncourt, Chanson douce de Leïla Slimani, il pèse 358.000 ex.

 

Quel impact peut avoir le livre de poche ? Pour le démontrer, GfK prend le cas d’Elena Ferrante, passée de 11.000 exemplaires à 383.000 ventes en poche – sans souligner que toute l’année 2016 a été agitée par les révélations autour de l’identité véritable de l’auteure, derrière le pseudonyme, et une campagne de publicité très appuyée, en direction des femmes.

 

Michel Bussi appuie également la démonstration : de 38.000 ex à 400.000 ex, d’un format à l’autre.