Marché du livre : des achats de livres plus variés ces 10 dernières années

Antoine Oury - 01.10.2018

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À l'aide des données de l'institut d'études de marché GfK, collectées entre 2007 et 2016, le Département des études, de la prospective et des statistiques du ministère de la Culture s'est lancé dans une étude de l'évolution de la diversité des achats dans le marché du livre sur cette période. Le rapport évoque une hausse de la variété des livres publiés, mais aussi une surproduction bien connue et de plus en plus de titres vendus à très peu d'exemplaires.


livre page
(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 

Au cours de la décennie 2007-2016, le léger recul du volume de ventes de livres (- 4 %) a plus ou moins touché les différents secteurs de l'édition : si les dictionnaires ou les ouvrages de sciences humaines et techniques l'ont subi, la jeunesse ou les livres pratiques ont connu, eux, des hausses substantielles des ventes. Dans l'ensemble, la “révolution numérique” n'aura eu qu'un effet mesuré sur les ventes de l'industrie du livre, contrairement aux autres secteurs culturels.

 

Première trouvaille de ce rapport, les nombres de livres différents et d'auteurs différents ayant fait l'objet d'une vente dans l'année ont significativement progressé : respectivement, + 50 % et + 36 %. Ce qui signifie, en clair, que les achats reflètent une plus grande variété. Cette dernière est particulièrement sensible pour la bande dessinée, les mangas et comics (+ 90 %), les livres jeunesse (+ 70 %) et les livres pratiques (+ 52 %).

 

Si cette hausse de la variété n'est pas forcément corrélée à de meilleures ventes — la BD, par exemple, sur la période, connait un recul de 3 % des ventes — elle est plus faible pour les secteurs touchés par la dématérialisation.

 

Plus de livres, moins de ventes

 

Sur la décennie, le rapport relève une hausse substantielle des livres vendus à très peu d'exemplaires : depuis 2010, le nombre de titres n'ayant fait aucune vente au cours de l'année précédente a été multiplié par 1,7. De fait, les références actives (livres qui ont connu au moins une vente au cours de l'année) connaissent un renouvellement plus important : dans les années 2007-2010, 80.000 titres par an quittaient les références actives, contre 140.000 entre 2015 et 2016.

 

« Les livres dont les ventes sont inférieures à 100 exemplaires totalisent plus de 90 % de la progression du nombre de références vendues au cours de la décennie, et ceux dont les ventes ne dépassent pas 10 exemplaires en forment plus des deux tiers (68 %) », indique le rapport. Les ouvrages aux ventes intermédiaires — entre 10.000 et 99.999 exemplaires — ont reculé de 15 % en 10 ans.

 

L'augmentation du nombre d'ouvrages faiblement vendus est à relier au phénomène d'inflation éditoriale. « En mettant chaque année un nombre plus élevé d’ouvrages sur le marché, les principales maisons d’édition ont rendu plus âpre la concurrence pour les rendre visibles, ce qui les a incitées à produire plus pour occuper les tables des librairies, tandis que du côté des libraires, la gestion de flux toujours plus importants de nouveautés a contribué retourner les invendus dans des délais de plus en plus courts, accélérant ainsi la rotation des ouvrages, et favorisant ainsi, indirectement, la variété des achats. »

 

Couverture, bandeau, résumé :
 qu'est-ce qui fait acheter les lecteurs ?

 

Cette économie de l'offre a, d'un autre côté, un impact négatif pour les auteurs, qui ont plus de chances de voir leur livre se retrouver dans la catégorie des ouvrages faiblement vendus et rapidement évacués du marché.

 

Internet et l'édition indépendante, moteurs de la variété

 

D'après les données collectées sur la décennie par GfK, Internet et les librairies de rang 2 rassemblent la plus grande variété de livres achetés : 87 % du total des références actives vendues au moins une fois dans l’année, contre 85 % dix ans plus tôt. À l'inverse, les grandes surfaces spécialisées ont perdu du terrain sur la variété des titres proposés.

 

Les ventes en ligne ont connu une hausse, passant de 9 % du volume total des ventes en 2007 à 19 % en 2016. Ces ventes favorisent les ouvrages vendus entre 1 et 1000 exemplaires, avec une hausse de 14 à 18 % du volume total des ventes pour les ouvrages dont les ventes sont inférieures à 1000 exemplaires.

 

L'augmentation de la variété des livres s'explique aussi, selon le rapport, par la hausse du nombre d'éditeurs, + 50 % sur le panel pris en compte, principalement des micro-structures, des TPE aux associations, voire aux autoentrepreneurs, en passant, bien sûr, par l'autopublication.

 

Cela dit, malgré ces évolutions, les grandes tendances sont préservées, conclut l'étude. « En termes de concentration, 15 % des références actives concentrent 90 % des ventes, contre 12 % dix ans plus tôt. Ainsi, la minorité d’ouvrages sur lesquels repose l’essentiel du marché s’est encore réduite, un phénomène que l’on observe dans les trois principaux secteurs », littérature générale, BD et jeunesse.

Toutefois, cette « best-sellerisation » s'est renforcée en littérature générale, mais a décliné en bande dessinée.

Retrouver l'intégralité de l'étude « Évolution de la diversité consommée sur le marché du livre, 2007-2016 », également disponible ci-dessous.
 

 




Commentaires

Votre citation arrangée du rapport pourrait laisser croire que plus de 9 titres sur 10 vendus au cours de la décennie l'ont été à moins de 100 exemplaires. Ce n'est évidemment pas ça. Le rapport dit exactement, p. 7 : "Les livres dont les ventes annuelles sont inférieures à cent exemplaires expliquent

en effet plus de 90
Merci de votre signalement, c'est corrigé. Il s'agit bien de 90
(Si mon commentaire (et le vôtre ?) avait pu être publié intégralement après mes deux tentatives, ç'aurait été super aussi, mais fermons le ban !)
En effet, un problème se pose. Nous faisons remonter au développeur.

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