Marco Balzano : l'Italie, demeurer dans un pays qui n'existe plus

Mimiche - 17.03.2019

Edition - Société - Marco Balzano - Bordeaux Italie auteurs - livres Italie festival


La Librairie Georges à Talence (33) accueillait en ses murs l’une des nombreuses manifestations organisées par l’Association Notre Italie dans le cadre du Festival de Littérature (14-16 mars) qui aura mêlé tables rondes, dédicaces, concerts, diffusion de film (à l’Utopia de Bordeaux), ateliers festifs (autour du vins et des saveurs italiennes et françaises), etc.

Marco Balzano
Marco Balzano - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 
Un programme d’échange culturel franco-italien mettant à l’honneur des auteurs qui avaient fait le déplacement. Ce 16 mars, au matin, c’est une trentaine (peut être un peu plus ?) de personnes qui avaient fait le déplacement pour venir écouter Marco Balzano parler de son dernier roman paru chez Philippe Rey, Je Reste Ici (lire la chronique).
 

Une disparition, à l'origine du texte


Un roman qui a trouvé son origine dans la découverte, par l’auteur, d’un site touristique exceptionnel sur le lac de Resia (en région Haut-Adige) : un lac artificiel au milieu duquel pointe vers le ciel le campanile aux pieds noyés de l’ancien village de Curon, lui, totalement disparu sous la montée des eaux quand le barrage a été mis en service.

C’est le paradoxe de l’insouciante promenade touristique sur les bords du lac et des drames associés à l’ennoyage d’un village pendant une période tragique où cette ancienne région du Tyrol Autrichien est devenue Italienne après la fin de la Première Guerre mondiale et a vu les fascistes mussoliniens venir interdire l’usage de l’allemand jusqu’à « italianiser les prénoms des défunts sur les pierres tombales des cimetières », qui a conduit Marco Balzano à prendre la plume pour écrire une histoire qui n’est pas enseignée dans les manuels scolaires.

Aujourd’hui, le campanile n’est plus un doigt accusateur qui perce la surface de l’eau du lac car ce vestige du passé a été apprivoisé pour n’être plus qu’une insolite image touristique.
 

Un cri de résistance : Resto qui !


 Au départ, le titre du roman devait être « Il paese ché non c’é più » (« Le Pays qui n’existe plus »). Et puis, au fur et à mesure des recherches entreprises par l’auteur pour asseoir son roman, quand les drames lui ont progressivement éclaté au visage, c’est la photo d’une vielle femme de plus de quatre-vingts ans, grimpée sur la table de sa cuisine et qui crie par la fenêtre Resto qui (« Je reste ici ») alors que cette résistance désespérée ne peut se terminer autrement que par une évacuation forcée, qui va le pousser à donner plus de profondeur à son ouvrage.

La Librairie Georges
librairie Georges - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 
C’est ainsi que naît le personnage de Trina (du nom même de la vielle dame de la photo) dont il va faire un symbole de résistance dans la recherche de la dignité quoi qu’il arrive. : lutter jusqu’au bout. Résister. Continuer une école allemande clandestine. Lutter contre le fascisme et le racisme. 
 

En hommage aux ignorés de l'Histoire


Au travers de Trina ; Marco Balzano ambitionne, par la littérature, de redonner leur dignité à tous ces gens ignorés de l’Histoire du pays. Comme c’est le cas partout où un rouleau compresseur économique et politique n’a eu de cesse d’écraser dramatiquement des petites gens.

Au jeu des questions et des réponses, Marco Balzano a levé le voile sur sa démarche d’écriture (quasi d’enquêteur) qu’il a aussi pratiquée pour raconter l’histoire de ces enfants du Sud pauvre de l’Italie, venus dans le Nord industriel pour tenter d’y trouver, seuls, un autre avenir que leurs familles restées au pays (en Campanie, Sicile, Calabre...) ne pouvaient pas leur offrir. Histoire magnifiquement racontée dans son autre roman également paru chez Philippe Rey, Le Dernier Arrivé

L’exil – dans Le Dernier Arrivé (lire la chronique) – et l’ancrage dans les racines – avec Je Reste Ici   : Marco Balzano laboure des sujets profondément humains, profondément actuels avec une simplicité et un sourire magnifique. Dans l’assemblée, je ne crois pas me tromper en disant qu’il nous a tous conquis.

Merci et bravo à l’Association Notre Italie pour ce nouveau festival.


Commentaires

Pas de commentaires

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.