Marest Éditeur : des livres sur le cinéma faits d'“envie et de passion”

Antoine Oury - 04.11.2016

Edition - Les maisons - Marest Éditeur - Pierre-Julien Marest - livres cinéma édition


Quand un éditeur cite Jean-Jacques Pauvert et Éric Losfeld comme références, c'est qu'il a déjà une certaine idée de son métier et de ses exigences. Avec sa maison d'édition consacrée au cinéma, Pierre-Julien Marest entend bien publier les livres que les autres ne peuvent pas — ou ne peuvent plus — se permettre d'éditer.

 

Les trois premiers livres de Marest Éditeur

 

 

Crée au printemps dernier, Marest Éditeur est porté par Pierre-Julien Marest, critique de cinéma, notamment chez Télérama, et Pierre Guglielmina, traducteur de Kerouac, Richard Ford ou notamment de Yamina Reza vers l'anglais, « un véritable chercheur d'or pour moi », souligne son collaborateur. C'est ainsi Pierre Guglielmina qui a déniché la première publication de la maison, une interview inédite en français d'Alfred Hitchcock par Andy Warhol qui sera publiée le 8 novembre prochain.

 

« Nous nous sommes battus pour obtenir les droits, ce qui n'est jamais évident lorsque l'on est une jeune maison », témoigne Pierre-Julien Marest. Les deux livres suivants de la maison, également consacrés à Hitchcock, paraîtront en janvier et mars 2017 : Hitchcock par Hitchcock, cette fois titré Ferme les yeux et vois !, est une réédition du livre paru chez Flammarion en 2012, tandis que le troisième sera une première traduction, Quoi est qui, d'un ouvrage signé par le maître.

 

C'est d'ailleurs ce dernier ouvrage qui a abouti à la création de la maison : « Pierre n'arrivait pas à le placer auprès d'une maison d'édition, de fil en aiguille, j'ai décidé de créer une structure. » Pierre-Julien Marest, qui avait déjà eu une expérience dans l'édition avec Clairac Éditeurs, se reprend au jeu, achète les droits du Ciné-journal de Jonas Mekas et de deux ouvrages de John Boorman prévus pour le mois de mai prochain.

 

Toutes ces publications viennent alimenter le premier axe de Marest Éditeur, le domaine étranger, qui pourra également déambuler du côté de la littérature — un inédit de Francis Ford Fitzgerald est ainsi prévu.

 

L'autre voie choisie par la maison est celle des écritures contemporaines françaises qui défendront un point de vue sur le cinéma. Les textes seront plutôt courts, et les formats petits, pour des sujets très variés : un titre sur le cinéaste canadien Guy Maddin est en préparation, ainsi qu'un ouvrage sur le film-catastrophe signé par l'écrivain Cyril Latour.

 

Couverture soft touch, papier couleur ivoire, cahier cousu : les ouvrages Marest se rapprochent de semi-beaux livres, avec un format poche 11 X 18 et un grand format 13,7 X 21, et seront distribués et diffusés par Cedif Pollen. Les prix ne dépasseront pas 10 € pour les poches et 20 € pour les grands formats, garantit l'éditeur. Une disponibilité au format numérique n'est pas prévue.

 

« Remettre l'envie et la passion au centre des projets »

 

Formé chez Claude Tchou au sein de La Bibliothèque Des Introuvables (« Chez lui, on croisait Pierre Belfond et Jean-Noël Flammarion »), Pierre-Julien Marest entame sa deuxième expérience dans l'édition avec un regard désabusé sur le secteur. « Depuis 5 ans, l'édition est en train de changer de visage avec la prise de pouvoir des financiers qui veulent faire entrer les livres dans des cases, ce qui est l'inverse de l'édition, où il faut faire les choses à l'instinct », estime-t-il.

 

Pour se garder de cette approche, Pierre-Julien Marest garde en tête les engagements et les citations de ces modèles, Pauvert et Losfeld, donc, mais aussi François Guérif, « le cinéphile absolu ». « Mon premier livre de cinéma fut d'ailleurs son Clint Eastwood [publié chez Henry Veyrier, NdR] que j'ai lu vers 12-13 ans. Il y a eu ensuite J'ai grandi à Hollywood de Robert Parrish, chez Ramsay, ou encore, chez Rivages Noir, Dino de Nick Tosches, une fabuleuse biographie de Dean Martin. »

 

Aujourd'hui, « il y a de très bons livres chez Capricci, évidemment, et d'ailleurs je suis un peu jaloux, car je voulais faire le livre sur Lumet [Faire un film, NdR]. J'aime beaucoup le Manuel de survie de Werner Herzog aussi, qui est un de mes cinéastes préférés », confie Pierre-Julien Marest.

 

Pigiste critique chez Télérama, il reste très attaché à la défense de son métier, à travers la syndication ou la publication d'ouvrages comme ceux que sa maison prépare. « Quand les distributeurs citent des phrases de Twittos plutôt que celle de critiques sur les affiches de cinéma, on peut légitimement penser que la profession est en crise », diagnostique-t-il.

 

Le domaine français de Marest permettra de proposer une autre critique, plus longue que les quelque 400 signes des colonnes de magazines. Et les effectifs réduits de la maison — qui peut compter sur Alix Orhon, « qui fera carrière », en renfort — lui permettront de garder sa liberté d'action : « Un éditeur assez haut placé me confiait récemment qu'il avait perdu une marge de manœuvre à cause des mutations du monde de l'édition, et que c'était un coup à jouer pour les petits éditeurs. Nos prises de décision sont plus faciles et nous écriront nos quatrièmes de couverture, loin de l'influence des directeurs commerciaux. »