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Margaret Atwood s'interroge : “Suis-je une mauvaise féministe ?”

Antoine Oury - 15.01.2018

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Les débats autour des répercussions de l'affaire Weinstein et de la libération de la parole des femmes sur les réseaux sociaux sont loin d'être terminés. Margaret Atwood, auteure de La servante écarlate, publié en 1987, mais redevenu un succès d'édition récemment, a signé une tribune pour s'interroger sur l'appellation « Mauvaise féministe ». Sur les réseaux sociaux, Atwood a été qualifiée ainsi après avoir commenté une affaire de dénonciation calomnieuse.


Margaret Atwood - Foire du Livre de Francfort
Margaret Atwood à la Foire du Livre de Francfort 2017
(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 
 

Outre-Atlantique comme en France, les débats autour des mouvements #MeToo et #BalanceTonPorc, nés sur les réseaux sociaux, sont toujours aussi vifs. Et ces derniers se centrent sur une même question : les réseaux sociaux sont-ils en train de devenir des tribunaux ? Si l'interrogation est simpliste, et sert parfois les intérêts de ceux qui souhaitent dénigrer les paroles des femmes et des victimes, elle n'en est pas moins prise au sérieux.

 

Ces derniers jours, l'auteure Margaret Atwood a pris part au débat, qu'elle suit depuis longtemps, en postant sur Twitter plusieurs liens vers des articles de presse écrits sur le sujet. On y trouvait ainsi « Has #MeToo gone too far, or not far enough? The answer is both », un article de Laura Kipnis dans The Guardian, et « It’s Time to Resist the Excesses of #MeToo » signé par Andrew Sullivan, auteur et blogueur qui se juge plutôt conservateur, même s'il promeut souvent des positions libérales.

 

Cet article de Sullivan, très discuté sur les réseaux sociaux, citait la fameuse tribune signée par Catherine Deneuve et un collectif de 100 femmes et assurait que le mouvement #MeToo dégénérait volontiers en une forme moderne de maccarthysme, cette période du début des années 1950, aux États-Unis, lorsque les sympathisants communistes — ou les personnes soupçonnées de sympathies communistes — étaient chassés et dénoncés, perdant parfois leur travail. À la fin de sa tribune, Sullivan appelle à la mesure, à la distinction de la vie privée et de la vie professionnelle, accusant les « féministes de gauche » de vouloir en détruire les limites.

 

 

Le partage de l'article par Atwood a fait des vagues, sur Twitter, des dizaines d'utilisatrices et d'utilisateurs lui demandant d'expliquer cette publication. Deux jours plus tard, Margaret Atwood a visiblement jugé qu'une tribune était nécessaire, tant les positions étaient arrêtées à son sujet.

 

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Intitulée « Suis-je une mauvaise féministe ? », la tribune d'Atwood commence par un rappel de la manière dont elle considère les femmes : « Ma position fondamentale est que les femmes sont des êtres humains, avec toute la gamme des comportements qui vont de l'angélisme au démoniaque, ce qui inclut les comportements criminels. Ce ne sont pas des anges, incapables de faire le mal. Si c'était le cas, nous n'aurions pas besoin d'un système judiciaire. »


Atwood poursuit en rappelant que les femmes sont capables de décisions, autonomes et entièrement responsables d'elles-mêmes. Évidemment, « [j]e crois que pour avoir des droits civils et humains pour les femmes, il faut qu'il y ait des droits civils et humains, y compris le droit à la justice fondamentale, tout comme pour que les femmes aient le droit de vote, il faut qu'il y ait un vote. Les Bonnes Féministes pensent-elles que seules les femmes devraient avoir ces droits ? Bien sûr que non. »

 

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L'auteure de La servante écarlate s'interroge : « Supposez que les Bonnes Féministes qui m'accusent, et que moi, Mauvaise Féministe, soyons d'accord sur ces points. Sur quoi ne sommes-nous pas d'accord ? Pour quelles raisons suis-je aussi mal considérée par ces Bonnes Féministes ? »
 

Réformer le système judiciaire

 

Atwood embraye ensuite avec une affaire qui fait toujours couler beaucoup d'encre au Canada. En 2016, l'écrivain et professeur de la University of British Columbia (UBC) Steven Galloway était accusé de comportement inapproprié par une élève, au moins, doublé de harcèlement sexuel et de pressions. L'enquête conclut finalement à l'innocence de Galloway, qui fut tout de même licencié de son poste de professeur. Une lettre avait alors été signée par de nombreux intellectuels, et des écrivains — dont Margaret Atwood —, pour réclamer une nouvelle enquête, ou au moins une explication de l'université.

 

Atwood assure que les personnes qui l'accusent d'être une mauvaise féministe sont les mêmes qui ont jugé la décision de l'université raisonnable : « Ces bonnes féministes sont-elles des personnes raisonnées ? Si ce n'est pas le cas, elles ne font que nourrir la vieille idée reçue qui assure que les femmes ne peuvent être raisonnables ou disposer d'un jugement réfléchi, et elles donnent aux adversaires des femmes une autre raison de leur refuser des postes à responsabilités dans le monde », explique Atwood.

 

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L'auteure canadienne assure qu'un mécanisme « coupable, car accusé », similaire à celui qui causa la mort à de nombreuses femmes à la fin XVIIe siècle aux États-Unis. Atwood s'inquiète que de tels systèmes se créent en réponse à « un système judiciaire défectueux ». « Trop souvent, les femmes et les victimes d'abus sexuels en général n'ont pas pu obtenir une écoute juste par le biais des institutions — y compris les structures au sein des entreprises — et ont donc utilisé un nouvel outil : Internet. »

 

« Et ensuite ? Le système judiciaire peut être réformé, et notre société doit s'en charger », souligne Margaret Atwood, qui en appelle à toutes les féministes — bonnes comme mauvaises — pour faire pression sur les institutions, qu'il s'agisse de UBC ou du ministère de la Justice...

L'intégralité de la tribune, à cette adresse.




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