La réussite d'Amazon ne rimera pas avec illégalité

Nicolas Gary - 18.06.2015

Edition - Justice - Margrethe Vestager - commissaire européenne - Amazon ebooks


L’enquête antitrust qui frappe Amazon visera à déterminer si, oui ou oui, la firme a tenté de maintenir ses concurrents à distance, mais surtout, par des procédés illégaux. Margrethe Vestager, commissaire européenne qui supervise ce dossier, intervenant à Paris, n’a pas caché son admiration et sa défiance vis-à-vis de l’entreprise.

 

Margrethe Vestager

Radikale Venstre, CC BY NC 2.0

 

En l’espace de quelques années, le cybermarchand a pris une place confortable et des parts de marché considérables. L’objectif de l’enquête diligentée sera alors de vérifier si les livres numériques ont fait l’objet d’une contractualisation avec les éditeurs irrespectueuse du droit. Et notamment avec l’instauration d’une clause dite de Nation la plus favorisée ; celle-ci confère à Amazon la possibilité d’astreindre ses fournisseurs à lui accorder les mêmes avantages que ceux offerts à ses concurrents. 

 

Depuis la prise de fonction de Margrethe Vestager en novembre 2014, plusieurs des combats contre les sociétés américaines sont revenus à l’ordre du jour. Google a ainsi pris un petit courrier pour violation des lois antitrust, et la question du géoblocking est un dossier qui a été exhumé. Les studios hollywoodiens, qui restreignent leur offre numérique, sont clairement dans le collimateur.

 

Mais concernant Amazon... « Nous redoutons qu’ils aient tant grandi qu’ils pensent pouvoir utiliser leur force pour barrer la route à la concurrence, freiner l’innovation », explique-t-elle.

 

Bien entendu, la firme de Jeff Bezos s’en défend, mais mollement, et plusieurs documents montrent d’ores et déjà que les conditions commerciales sont drastiques avec la société. Décidée à collaborer pleinement, la firme assure bien que ses accords avec les éditeurs sont dans les clous de la législation, et ne comprennent évidemment aucune clause abusive. (via Bloomberg)

 

Les sujets que reprend ainsi Margrethe Vestager lui valent de lourdes critiques. Elle est notamment accusée de vouloir tirer à boulets rouges sur les entreprises américaines, simplement parce qu’elles sont du succès. Une forme de protectionnisme qu’elle réfute : ces entreprises connaissent une grande réussite, « parce qu’elles nous apportent des choses que nous aimerions avoir », et pas simplement parce qu’elles sont issues des États-Unis.

 

Jouer sur le consommateur, certes, mais surtout, elle confesse que leur qualité intrinsèque est d’apporter des offres, « qui fonctionnent réellement. Voilà ce que je pense quand je google quelque chose : je l’utilise parce que cela fonctionne. »

 

Pour autant, pas question de fermer les yeux sur les incartades : « Peu importe votre puissance, votre taille, vous devez jouer selon les règles », réaffirme la commissaire. 

 

« Je ne pense pas qu’Amazon soit couronnée de succès parce qu’elle est américaine : je pense qu’elle réussit parce que les gens veulent acheter leurs livres là, et leurs films, et n’importe quoi d’autre. » Conclusion : « Ce que nous essayons de faire, est bien entendu de permettre à un concurrent de livrer un produit, pour nous montrer quelque chose de neuf, plus intelligent, et mieux que ce qu’Amazon peut nous apporter. » (via WSJ)