Marie Sellier, un chevalier pour la retraite des auteurs

Antoine Oury - 15.07.2014

Edition - Société - Marie Sellier - CPE - SGDL


 Lutte sociale et récompense gouvernementale font-elles bon ménage ? La présidente de la Société des Gens de Lettres et du Conseil Permanent des Écrivains, Marie Sellier, a reçu ce lundi 14 juillet le grade de chevalier de la Légion d'Honneur. Mais depuis plusieurs mois, les organisations représentantes des écrivains attirent l'attention sur les conditions de vie des auteurs.

 

 

SGDL - Hôtel de Massa

Les auteurs veillent, à la SGDL (ActuaLitté, CC BY-SA 2.0)

 

 

Dès le mois de mars 2014, CPE et SGDL, toutes deux présidées par Marie Sellier aujourd'hui, se réunissaient pour alerter les professionnels lors d'une conférence de presse : les conditions de travail et de vie des auteurs étaient pires que jamais. Marie Sellier avait rappelé à juste titre que la profession d'auteur compte parmi celles où « les semaines font exploser les 35 heures », alors que, dans le même temps, 59 % des auteurs perçoivent moins de 10 % de droits d'auteur pour leurs oeuvres.

 

Le conflit s'est poursuivi avec l'arrivée d'un nouvel acteur dans l'équation, le RAAP, le régime de retraite complémentaire des artistes auteurs professionnels, qui a expliqué dans un courrier que des concertations entre les auteurs et l'organisme étaient possibles. Dénués de part patronale, les auteurs voient en effet leurs charges augmenter, pour atteindre 8 % de leurs revenus.

 

La réforme est prévue pour 2016, ce qui laisse la place pour des concertations, expliquent le RAAP et le ministère de la Culture. La section BD du Syndicat national des auteurs-compositeurs (SNAC) a été reçue par le ministère de la Culture et celui des Affaires sociales, le 26 juin dernier, qui l'ont finalement renvoyé vers le conseil d'administration du RAAP, seul décisionnaire dans le mode de collecte des cotisations des adhérents.

 

C'est alors Geoffroy Pelletier, secrétaire général du CPE, qui avait participé à cette réunion. Dès le 1er juillet, Marie Sellier faisait toutefois parvenir à Frédéric Buxin, le président de l'IRCEC et du RAAP, une lettre au nom de tous les organismes qui composent le CPE, du SNAC BD à la SGDL. « La lettre est restée sans réponse à ce jour », nous précise Marie Sellier, et l'IRCEC-RAAP, contacté par ActuaLitté, n'a pas su nous donner plus d'informations.

 

Difficile de faire grève, pour un auteur

  

Les inquiétudes des créateurs ne datent pas d'hier. Dès le mois de février, une réunion était organisée entre les ministères concernés et les intéressés : « D'après ce que nous avions perçu à ce moment-là, des dissensions étaient apparues entre les ministères, si bien que la réunion prévue n'en était pas une », explique Marie Sellier, qui estime toutefois que le ministère de la Culture est un soutien sincère à la cause des auteurs - même sans Légion d'honneur.

 

 

Plaquette éditée en 2012 par La Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse

 

 

Finalement, le président du RAAP lui-même faisait parvenir une lettre ouverte aux auteurs inquiets, les transformant en auteurs en colère : « La lettre envoyée aux auteurs était tout de même particulièrement maladroite », note Marie Sellier. « On n'impose pas les choses de manière aussi brutale, même si nous savons qu'il faut vraiment réfléchir à la retraite des auteurs. »

 

Avant cette fameuse réforme, un auteur/assuré pouvait choisir sa classe, en fonction de ses revenus, « ce qui assimile le RAAP à une assurance et non plus à une caisse de retraite complémentaire », explique Marie Sellier. Si personne ne conteste la nécessité d'une révision du système actuel, difficile pour autant de mettre la pression sur les auteurs. Et ce, même si le RAAP nous confirme que différents taux seront applicables, selon les droits d'auteur perçus.

 

Du côté des organisations qui représentent les auteurs, on cherche plutôt les moyens de compenser l'absence de part patronale : une taxe sur la commercialisation des oeuvres du domaine public « permettrait de mettre en pratique la belle idée de Victor Hugo », ou encore une taxe sur les plus gros vendeurs de livres d'occasion sont à l'étude, en attendant la première concertation avec le RAAP.