Marine le Pen : "Le Festival d'Avignon n'appartient pas à Olivier Py"

Nicolas Gary - 27.03.2014

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Invitée sur France Inter, la présidente du Front national, Marine Le Pen, a été interrogée sur les dernières déclarations du directeur du Festival d'Avignon. Olivier Py, voyant que le parti d'extrême droite se retrouverait au second tour, pour les élections municipales, envisageait clairement une délocalisation.  « Je ne me vois pas travaillant avec une mairie Front national. Cela me semble tout à fait inimaginable. Donc je pense qu'il faudrait partir. Il n'y aurait aucune autre solution », expliquait le directeur. 

 

 

Marine Le Pen sort de l'amphithéâtre suivie de Paul-Marie Coûteaux

Remi Noyon, CC BY 2.0

 

 

La patronne du Front trouve « indigne », une pareille déclaration. « Mais pour qui se prennent ces gens ? », lance-t-elle, rajoutant qu'Olivier Py n'est pas le propriétaire du Festival fondé en 1947. « S'il ne supporte pas de respecter la démocratie, eh bien, il démissionne de son poste », car il y aura « sûrement des tas d'artistes très brillants, qui seront susceptibles de prendre sa place ». 

 

Le Festival est pour moitié financé par l'État, le reste incombant à la municipalité, mais « il ne faut pas voir que l'aspect financier », s'indigne-t-elle, sous-entendant qu'en cas de victoire, le FN n'interviendrait pas sur le budget. « Le Festival d'Avignon n'appartient pas à M. Py. Ça appartient aux Avignonais, et plus largement, ça appartient aux Français », ajoute-t-elle, estimant le commentaire du directeur, « très anti-démocratique ». 

 

Qu'en serait-il de la mairie de Versailles, interroge-t-elle, si le Front venait à remporter la mairie ? Croirait-on que les responsables vont « raser le conservatoire », si la ville devenait FN, en guise de protestation ?  « Ce patrimoine-là, il n'appartient pas à cette petite caste, il appartient à l'ensemble des Français. »

 

Et de balayer les exemples du temps jadis, ouvrages censurés, fête du livre menacée, éditeurs légèrement chahutés. Tous ces exemples n'étaient en réalité menacés que « par cette oligarchie culturelle ». Et de pointer que pour les Chorégies d'Orange, « il y avait eu un cinéma incroyable », et finalement, la manifestation ne se « serait jamais aussi bien portée, et l'offre culturelle n'aura jamais été aussi importante depuis que le Front national a remporté la ville ».

 

"Je l'ai dit, non, trois fois non, dix fois non, les bibliothèques des différentes villes Front national", ne seront pas "expurgées de livres"

 

 

Chose amusante, la question suivante portera sur un sujet au coeur de l'action politique du ministère de la Culture. Au cours du Salon du livre de Paris, la ministre, Aurélie Filippetti, avait en effet assuré que 2014 sera l'année des bibliothèques. Elle assurait, à ce titre, « du point de vue de la culture, la percée du Front national est inquiétante pour ces villes. Dans le passé, il y a toujours eu des attaques très graves de la politique culturelle, avec des coupes dans les subventions et des atteintes à la liberté de programmation dans les théâtres ou bibliothèques. Des interventions des élus FN, il y en a des exemples innombrables. Nous serons vigilants et intraitables vis-à-vis du FN. Nous veillerons à la liberté de tous les acteurs culturels. »

 

Alors, dans les villes maintenant FN, qu'en sera-t-il des bibliothèques ? Verront-elles leurs étagères nettoyées des livres trop sensibles ? « Il y a eu une ville où il y avait eu cette polémique. Je l'ai dit, non, trois fois non, dix fois non, les bibliothèques des différentes villes Front national », ne seront pas « expurgées de livres ». Et peut-être même « verront-elles leur offre être développée ». 

 

C'est que, dans le discours, il faut ménager le second tour, et la président de conclure que dans les déclarations des représentants, « il n'a jamais été question de retirer des livres des bibliothèques ». Tout cela relève « de la fantasmagorie des années 80 » et il faut « tourner définitivement cette page ». Oui, changer de visage, donc. Ce serait d'ailleurs le seul argument contre le Front national, que ces attaques portées contre la culture. Marine Le Pen entend donc bien « retirer à la classe politique le seul argument qu'elle a utilisé depuis déjà 20 ans. Ce qui est long pourtant, pour un seul argument ».