Marinko Koščec évoque la littérature croate qui "prêche dans le désert"

Julien Helmlinger - 25.08.2014

Edition - International - Littérature en Croatie - Marinko Koščec - Auteurs croates


L'auteur croate, éditeur et professeur de littérature française à l'Université de Zagreb, Marinko Koščec, a répondu dernièrement aux questions du Courrier des Balkans. L'occasion d'évoquer son pays, une terre où la lecture ne ferait pas partie des traditions et où les acteurs de la scène littéraire ne vivoteraient que grâce à des subventions d'État. Mais aussi une terre porteuse d'une nouvelle génération de plumes. Qui selon-lui, s'exprimerait dans une prose réaliste, un langage plus relax et familier,  en cherchant désormais à « éviter à tout prix l'académisme et l'hermétisme des générations précédentes ».

 

 

via Istros Books

 

 

Plus de vingt ans après l'indépendance de la Croatie, la scène littéraire locale chercherait toujours en vain son public et son écho. Celui qui enseigne dans le fief du Festival Subversive, auquel il a participé cette année, dresse son amer constat : « Même si j'écrivais quelque chose d'assez grave, je ne pourrais pas me vanter d'être subversif. Je constate, avec tristesse ou résignation, que l'espace littéraire n'est pas un lieu qui permet de faire avancer les choses. »

 

L'écrivain évoque « l'impression de prêcher dans le désert », sans danger ni même risque de se faire entendre. Il explique que si la tradition de la lecture lui semble absente de la culture croate, on lirait également de moins en moins dans le pays.

 

Pour Marinko Koščec, « le système de survie du livre est artificiel » en Croatie. L'industrie éditoriale ne survivrait que grâce à des subventions d'État permettant aux maisons de rentrer dans leurs frais. Mais ces dernières ne se préoccuperaient pas de la communauté des lecteurs. « Il y a donc une perversion dans ce système », estime l'auteur, et les livres n'atteindraient pas forcément leur public.

 

Une nouvelle génération en rupture

 

Une telle situation risque de desservir les auteurs désirant percer. Toutefois il y aurait des nouveaux talents « qui font leur chemin et qui trouvent une façon neuve de s'exprimer, malgré l'apathie ambiante incontournable ». Ce qui caractérise cette génération serait une « parole naturaliste qui évoque le quotidien ». Elle compterait notamment des journalistes reconvertis en romanciers et novellistes.

 

Le format de la nouvelle, plus accessible, prendrait d'ailleurs logiquement le pas sur le roman parfois jugé trop ambitieux dans ce contexte éditorial. Et les femmes s'en sortiraient bien, elles auraient ainsi dernièrement amassé beaucoup de lauriers, comme notamment Olja Savičević Ivančević, citée au rang des prosateurs favoris de son pair.

 

À ceux qui souhaiteraient s'ouvrir à la littérature contemporaine croate, Marinko Koščec conseille volontiers de jeter un oeil à des auteurs comme Kristian Novak, Enver Krivac, Luka Bekavac, Goran Ferčec ou encore Tanja Mravak.

 

(via Le Courrier des Balkans)