Mario Vargas Llosa : corruption et développement économique au Pérou

Victor De Sepausy - 11.09.2013

Edition - International - Mario Vargas Llosa - nouveau roman - Amérique latine


Entre Lima et Piura, deux villes péruviennes, le coeur de Mario Vargas Llosa balance. Et c'est dans ces cités, situées au nord-ouest du pays que se déroule l'intrigue de son dernier ouvrage, El héroe discreto. Sur fond de développement économique, et de la croissance qu'a pu connaître le Pérou, ce sont deux histoires que Vargas Llosa aborde.

 

 

11.04.17  Macri da la bienvenida al Premio Nobel de Literatura Mario Vargas Llosa

Vargas Llosa, air grave à la remise du prix Nobel

Gobierno de la Ciudad de Buenos Aires, CC BY 2.0

 

 

La première est celle d'un petit commerçant de Piura, Felicito Yanaqué, qui se fait littéralement extorquer et en parallèle, celle d'Ismael Carrera, puissant homme d'affaires, vivant dans la capitale, Lima : il va ourdir une funeste vengeance contre les deux fils qui ont cherché à l'assassiner. 

 

Au travers de ces deux hommes, c'est un Pérou prospère que Vargas Llosa dépeint, certes. Il évoque aussi les classes moyennes émergentes, confrontées à idées problèmes tels que la corruption et la criminalité. Au cours d'une conférence de presse, il explique que l'un des thèmes « est précisément les conséquences négatives de ce développement ». 

 

La croissance économique, dans presque tous les cas, entraîne une recrudescence de la mafia, et de la délinquance - donc du chantage et de l'extorsion, la protection obligatoire et payante, sous peine de voir son commerce saccagé ou détruit.

 

Corruption, mafia, les cancers qui minent la société

 

La corruption, le problème majeur de l'Amérique latine, note Vargas Llosa. Et face à elle, les convictions des gens honnêtes sont malmenées : il faut s'accrocher solidement à ses idéaux pour ne pas tomber. Une corruption qui est bien entendu liée au trafic de drogues « et une attitude méprisante vis-à-vis de la loi ». Chose qui propage un certain cynisme au sein de la population, et conduit à une légitimité de la mafia.

 

L'organisation devient alors « le cancer qui mine les institutions », souligne-t-il. « Je suis bien conscient qu'au sein de la classe politique, il y a beaucoup de corruption, une grande médiocrité et nombre de bêtises. » Il est essentiel alors que les gens sachent qu'il existe des sanctions contre les criminels, et que ces derniers doivent être sévèrement punis en conséquence. « C'est absolument fondamental, car sans cela, le système est affaibli, et peut paraître cautionner les crimes, même les plus monstrueux. »

 

La mauvaise image des politiques doit être combattue : « Si nous voulons des politiciens honnêtes, plus brillants et créatifs », alors il importe que les gens eux-mêmes changent et se montrent plus vertueux. « Les sociétés ont les politiques qu'ils méritent. » Lui-même avait tenté, en 1990 de briguer le poste présidentiel, mais Alberto Fujimori avait battu le Nobel de littérature au cours des élections. 

 

« Comme tous mes précédents romans, il a été conçu sur la base d'expériences personnelles », précise Llosa. À 77 ans, quand il est revenu à Piura, sa ville natale, il lui était pourtant impossible de retrouver les images de cette cité déserte, ou presque, aujourd'hui remplies d'hôtels et de grandes avenues. 

 

Cependant, il maintient : « La meilleure des choses qui soit arrivée dans le monde, c'est la mondialisation qui a conduit à une lente disparition des frontières, au mélange des cultures et à des idiosyncrasies, et une coexistence dans la diversité. » Et pas question de défendre les nationalismes, qui ont conduit à faire « des millions et des millions de victimes » au fil de l'histoire. 

 

Surtout que ce nationalisme se réveille un peu partout dans le monde. « Le nationalisme, c'est le retour à la tribu », insiste-t-il, en référence à Karl Popper. « Hors de la tribu, on trouve le commencement du progrès. » Sauf que son appel ne disparaît jamais complètement, et dans certaines circonstances, il devient même un douloureux traumatisme. « Je me suis toujours battu contre le retour à la tribu, car c'est l'abdication de nos responsabilités. »


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