Marion Duclos : hommage, transmission et questionnement

Auteur invité - 08.01.2018

Edition - Société - Marion Duclos artiste - bande dessinée Marion Duclos


Quel rapport Marion Duclos entretient-elle avec la bande dessinée ? Qu’explore-t-elle du monde et d’elle-même à travers les livres qu’elle nous propose ? Ces questions ne peuvent trouver de réponses simples. À la lecture de son travail, quelques indices nous donnent à comprendre la démarche de l’auteure, au-delà de la simple narration. 

 


 

 

Marion a 25 ans lorsqu’elle termine des études en hydrobiologie, et elle s’interroge sur ses rêves. Elle a participé à un atelier de bande dessinée et a suivi des cours de modèles vivants. L’envie artistique est là, mais comment oser mettre en pratique cette envie ? Elle apprend par Olivier Ka qu’une école d’art se monte sur Bordeaux et qu’il y sera professeur de scénario. Elle passe le concours et, contre toute attente, elle est prise. Commence un long chemin de travail acharné. Il y a tout d’abord ce projet d’école où elle décide de rendre hommage aux anciens, ceux qu’elle connaît.

Le sujet : les aventures d’un homme âgé qui décide d’effectuer un retour au pays. Elle rencontre plusieurs personnes ayant vécu cela, elle les invite à évoquer cette expérience et leur ressenti. L’Espagne et la fuite du franquisme entrent en jeu. Les premières graines du livre Ernesto sont en terre. Pourtant, elle interrompt ce travail : elle doute de sa légitimité à parler de ces histoires et de sa qualité d’auteur. Il lui faut du temps pour dépasser ses doutes. Chercher son trait, la justesse du propos. 
 

Pendant ses années d’école, elle rencontre Bruno Loth, auteur de plusieurs bandes dessinées sur fond de guerre d’Espagne. Il la soutient dans son projet et l’aide à rencontrer des gens. Au sortir de l’école, elle trouve un travail dans une entreprise de communication événementielle. Mais, un an plus tard, elle se lance comme indépendante. Une première version d’Ernesto est alors publiée sur le site de Coconino World. L’auteur Josepe, à l’origine de cette publication, la convainc de continuer le projet, de creuser le propos.

Nous sommes en 2010 et les choses vont s’enchaîner. En 2012, elle signe une première commande d’illustration pédagogique avec une grande maison d’édition : Casterman Jeunesse. Et elle obtient une résidence de création à Bologne pour développer une bande dessinée jeunesse : Victor & Clint, pour lequel Vincent Henry, éditeur de La Boîte à bulles, lui propose un contrat. Peu de temps après, Christine Cam, à qui elle a envoyé Ernesto, accepte de porter ce projet pour Casterman. 
 

Dans Victor & Clint, Marion s’inspire de sa propre adolescence et des westerns qu’elle affectionne. Par le choix d’un dessin flou, elle utilise l’imaginaire pour transformer des scènes du quotidien tout en abordant certains rites de passage. Pour l’écriture, elle s’inspire de dialogues de films, et de ce qu’elle entend par-ci, par-là. Elle note. Et réutilise la mécanique des propos, joue avec le langage et ses images.

Entre Victor & Clint et Ernesto se tissent des liens sur les préoccupations de l’auteure. La relation particulière qu’elle entretient avec la génération des « grands-parents » se lit dans ces deux ouvrages. Elle met l’accent sur ces petites choses qui se transmettent par ces personnes d’un autre temps, qui participent à la construction de soi, qui restent au plus profond de l’être.

Ces expériences de la vie qui résonnent et amènent à réfléchir. Les intentions de Marion sont de rendre hommage et de poser certaines questions : comment traduire le comportement d’un enfant, comment lui permettre de grandir à son rythme, pourquoi sommes-nous qui nous sommes... ? Pourquoi certaines tranches de vie sont-elles tues ? La parole intervient alors comme un espace à libérer. 
 

La mort est également un thème qui préoccupe l’auteure et se retrouve dans les deux bandes dessinées : « C’est pour cela que la transmission est importante. C’est tout ce qui reste », confie Marion. L’enjeu est de trouver le moyen d’accepter et de reconstruire ce qui reste, malgré l’absence. Puis elle cite Serge Pey : « Parfois, ce sont les morts qui nous tiennent les jambes pour que nous restions debout. » 
 

Dans les projets à venir de Marion, il y a Le Noyau d’Olivia, un album jeunesse où elle explore les jeux du langage comme elle les aime ; un conte macabre avec Olivier Ka, dont cet auteur a le secret et qui promet de beaux frissons. 

Et puis, il y a Un vendredi à Kitani, ce projet avec Laurence Vilaine, inspiré d’une expérience vécue lors d’un atelier d’écriture mené par l’écrivaine à Alger. L’histoire d’un groupe de femmes qui partent écrire au bord de la mer, un vendredi matin, au cœur d’un quartier populaire. Une simple balade qui se transforme en un nœud de tensions.

À partir de cette expérience qui les questionne, les deux femmes associent leurs talents pour réaliser un court-métrage animé. Ce cas si particulier, elles veulent en tirer un propos universel. Et « universel » est peut-être ce qui pourrait qualifier le chemin que dessine Marion à travers son art. 

Marion Duclos - Ernesto - Casterman - 9782203100497 - 20 €

 

En partenariat avec l'agence Ecla




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