Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Marketing : le livre, ce nouveau baril de lessive

- 18.03.2013

Edition - International - marketing - start-up - publicité


Pas besoin d'attendre l'émergence d'Oceania pour goûter à la novlangue. Chaque année la conférence Tools of Change redessine les nouvelles tendances technologiques pour le secteur de l'édition. À cette occasion la blogueuse Betsy Morais a présenté sur le site du New Yorker deux intervenants faiseurs du marché.

 

             Debbie Ramone (CC BY-SA)

 

 

Cette fois le focus ne profite pas aux créateurs de nouveaux formats numériques ou d'écosystème financier, mais à un balayage sémantique digne des personnages d'Orwell. Dernière idée en date, appliquer le modèle des start-ups du web aux vieilles institutions éditoriales. Et il va sans dire que la métamorphose du livre en produit de consommation comme un autre passe par un nouveau lexique.

 

Pour Peter Armstrong, « le livre est une start-up ». Un service particulièrement adapté à l'auto-édition qui se base avant tout sur une formule financière. Sur son site, Leanpub, l'argumentaire rappelle toutes les ficelles de la création de campagne publicitaire. Pour les conseils d'écriture et de trame scénaristique, on repassera.

 

« Écrivez en maniant vos outils préférés », « publiez d'abord votre livre pour avoir des retours, puis publiez de nouvelles versions aussi souvent que vous le voulez. ». La recette du produit lessive n'est pas loin. En guise d'estocade, le lien d'inscription invite à « créer un livre maintenant », comme on expédie sa feuille d'impôt.

 

Les outils mis en place répondent à de vrais enjeux d'écriture : avoir un retour critique au fil de la rédaction et la possibilité de réviser son texte régulièrement, mais le jargon employé rappelle cette nouvelle sorte d'auteurs, des blogueurs qui compilent des articles sur ebooks avec des techniques qui relèvent plus du marketing que de la stylistique.

 

Pour Tim Sanders, ancien de Yahoo et gérant de Net Minds, le phrasé a été passé à la broyeuse : « Un écrivain », comprendre un « écrivant », « n'est pas nécessairement un écrivain », mais plutôt des « banques de contenus ». Et de marteler «  Chaque projet créatif est comme une aventure entrepreneuriale. Vous devez créer, tester et dévoiler votre vision ».

 

Melville House rappelle à ce sujet que si la recette Sanders manque sincèrement de lyrisme elle fonctionne : le patron de Net Minds facture entre 25 et 30.000 $ ses prestations publiques. Lessive non incluse.