Maroc : Que le Roi Mohammed 6 accepte les critiques !

Clément Solym - 01.03.2012

Edition - International - Maroc - censure - livre


Les autorités marocaines ont décidé de faire interdire la parution du journal espagnol El Pais, après que ce dernier a publié des bonnes feuilles d'un titre corrosif, prenant pour sujet le roi Mohammed 6. Or, c'est connu, le roi n'est pas un sujet... Et moins encore celui du Maroc.

 

Le roi prédateur, de Catherine Graciet et Éric Laurent, est un livre dont les autorités marocaines considèrent qu'il « porte atteinte à l'image de Sa Majesté et aux institutions du pays ». Aussi, les bonnes feuilles parues dans El Pais sont contaminées de la même manière. 

 

Pourtant, les deux journalistes pointent un simple constat : « En juillet 2009, le magazine américain Forbes créa la surprise en publiant sa liste annuelle des personnalités les plus riches du monde. Dans le classement spécialement consacré aux monarques, le roi du Maroc faisait une surprenante apparition à la septième place, avec une fortune évaluée à 2,5 milliards de dollars. »

 

Et de ce fait, la fortune de M6 a doublé au cours des cinq dernières années. Ce qui permet aux auteurs de conclure : « Mohammed VI, roi du Maroc, est désormais le premier banquier, le premier assureur, le premier agriculteur de son pays. Il y joue un rôle dominant dans l'agro-alimentaire, l'immobilier, la grande distribution, l'énergie et les télécoms. »

 

 

 

Mais la situation vient quelque peu de déraper. En effet, depuis la publication le 26 février de ce livre, et les bonnes feuilles dans El Pais, le Maroc a décidé de censurer le quotidien, et l'International Publishers Association a mal pris cette violation de libertés.

 

En effet, Alexis Krikorian, directeur de l'UIE vient de diffuser un communiqué demandant au roi du Maroc d'accepter la diffusion du livre. Il demande également aux autorités marocaines de respecter leurs obligations internationales en matière de liberté d'expression en autorisant la distribution du livre au Maroc. 

 

Pour Olivier Bétourné, président de Seuil, et membre de l'UIE : « En interdisant ce numéro de El País qui publiait les bonnes feuilles du livre intitulé Le Roi prédateur, les autorités marocaines prennent à contre-pied le vent de liberté qui souffle actuellement sur la région. L'UIE condamne la censure de ce journal et prend par ailleurs les devants en invitant le Maroc à autoriser la distribution au Maroc du livre Le Roi prédateur. 

 

Ce livre est certes fort critique du roi du Maroc et de sa cour, mais il est écrit de bonne foi et est le fruit d'un travail d'enquête exceptionnel. À défaut, si la distribution du livre venait à être interdite, l'UIE considérerait que le Maroc contreviendrait à ses obligations internationales en matière de liberté d'expression et de liberté de publier, notamment au titre des articles 19  de la Déclaration universelle des droits de l'Homme et du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. »

 

Retrouver le livre des journalistes, en librairie

 

 

Une position que soutient Bjørn Smith-Simonsen, Président du comité liberté de publier de l'UIE, qui ajoute : « L'UIE saisit cette occasion pour rappeler à toutes les parties prenantes que le groupe de travail du Conseil des droits de l'Homme des Nations Unies sur l'Examen périodique universel (EPU) examinera prochainement à Genève la situation des droits de l'Homme au Maroc lors de sa prochaine session au mois de mai ».