Martin Amis : Le sexe en littérature, c'est mieux chez les femmes

Clément Solym - 12.06.2012

Edition - Société - sexe - littérature - femmes


L'intérêt grandissant des éditeurs américains pour la littérature érotico-littéraire, avec ou sans option sado-maso, comme c'est le cas pour Fifty Shades of Grey, le succès du moment, n'est plus à démontrer. Pour Martin Amis, cette ébauche sexuelle, et ces descriptions de relations amoureuses n'ont de valeur qu'écritures féminines. 

 

Le romancier, qui s'exprimait durant une conférence du Festival de la Hay, les femmes écrivent mieux sur le sexe. « Dès lors qu'un homme a rédigé une scène de sexe, il se sent tout-puissant… et pas les femmes. Ce qui fait d'elles de meilleures auteures pour ce type de sujet. » Mais ce n'est pas tout : les femmes jouissent d'une forme de sincérité dont les hommes sont dépourvus.

 

 

Untitled

Martin Amis, en novembre 2007

 

 

« Il y a un peu plus de chanson dans l'écriture des femmes, un peu plus de sincérité », soit autant de forces que l'on ne retrouvera pas dans une même scène écrite par un homme. « Il y a une différence entre la sincérité réelle et la sincérité littéraire. Lorsque vous parlez de la mort d'un ami, vous pouvez fondre en larme, mais vous ne pouvez pas y mettre de musique. » Une musique que l'on retrouve justement dans ces romans féminins. 

 

Fort de cette audacieuse comparaison, le romancier s'acharne : « C'est parce que les hommes écrivent sur ce thème dans une relation qui les fait se prendre pour Dieu. Vous êtes tout-puissant et cette question de la toute-puissance est embarrassante pour les hommes. C'est leur faiblesse cachée. Et ce n'est pas une chose dont les femmes s'inquiètent. »

 

C'est que, l'acte d'écrire conserve quelque chose de toujours merveilleux pour le romancier. « L'écriture provient d'un mélange d'exaltation et d'anxiété, et l'un ne va sans doute pas sans l'autre. Je ne suis pas un de ces écrivains qui proclame que l'écriture vient de la douleur. Je refuse sincèrement cette vision. Écrire est au fond un joyeux et érotique commerce, et tout cela vient d'une partie positive en nous, mais il faut encore travailler pour avoir un roman. »

 

Un peu miso, dans le genre

 

On ne s'étonnera pas pas de savoir qu'il y a deux ans, Martin Amis s'était attiré les foudres des féministes, en expliquant que la révolution sexuelle avait quelques inconvénients. Et qu'à cette occasion, les femmes avaient « presque eu trop de pouvoirs pour mettre de l'harmonie dans leurs propres vies ». (voir Telegraph)

 

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« C'était une idée complètement utopique, ne serait-ce que parce que si les femmes arrivent au pouvoir, il faudra qu'elles deviennent plus masculines que les hommes. De vraies amazones ! », expliquait-il en mai 2008. Et en octobre 2010, il avait d'ailleurs ajouté que le sexe n'avait pas sa place en littérature, tout du moins, pas dans la sienne. 

 

À ce sujet, Amis déclare « il y a très peu de sexe dans mon travail. Il y a beaucoup de sexe raté, mais rien du genre "la terre a tremblé", et il n'y a que très peu de détails ». Pour The Pregnant Widow, qui contient une longue scène de sexe, il affirme : « ce fut facile à écrire car il n'y a pas d'émotions, c'est de la pornographie. C'est quand l'émotion rencontre le sexe que cela devient impossible pour l'écrivain, et gênant pour le lecteur ». 

 

Et, selon l'écrivain, tous ont échoué à décrire l'acte, que ce soit Richardson, Fielding, Austen, Dickens ou même John Updike, qui ne se gêne pas pour parler de sexe dans ses romans. Pour Amis, les scènes d'Updike sont comme « envoyer une équipe de film Japonaise dans une chambre pour filmer tous les détails ». (voir notre actualitté)