Martin Gray, écrivain et témoin de l'Holocauste, est mort

Joséphine Leroy - 25.04.2016

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Le romancier avait notamment écrit Au nom de tous les miens, publié en 1971 et disponible aux éditions Robert Laffont, un récit émouvant, coécrit avec Max Gallo, dans lequel il relatait les deux épisodes tragiques de sa vie : la disparition d’une partie de sa famille dans les camps d’extermination nazis et un incendie ravageant sa maison du sud de la France et tuant sa femme et ses enfants. 110 membres de sa famille sont morts lors de la Seconde Guerre mondiale. L’auteur est décédé dans la nuit du 24 au 25 avril dans la ville de Ciney, en Belgique. 

 

 

 

 

Né sous le nom de Mieczylaw Grayewski ou Mietek Grayewski en 1922 à Varsovie, en Pologne, le romancier était âgé de 17 ans lorsque les nazis ont envahi la Pologne le 1er septembre 1939. Avec son père, ils sont transférés dans le ghetto de Varsovie. Le jeune homme parvient alors à s’en échapper en soudoyant des soldats du régime nazi. Les nazis tentent d’attraper son père lors d’une rafle, mais, grâce à des connaissances, Martin Gray parvient à lui sauver la vie. Sa mère et ses frères, déportés à Treblinka, ne connaîtront pas le même destin : ils sont exterminés. 

 

De retour à Varsovie, Martin Gray revoit son père. Ce sera la dernière fois, car, quelques jours plus tard, au moment de l’insurrection du ghetto, son père est abattu. Le jeune homme rejoint les rangs de l’Armée rouge et sera décoré, peu après le 30 avril 1945, d’ordres prestigieux de l’Armée rouge. Il part pour New York en 1947, ville où vit sa grand-mère. Il se fait de l’argent en vendant des porcelaines et lustres non antiques, fabriqués en Europe, à des antiquaires américains. Il est reconnu citoyen américain en 1952 et y rencontre sa future épouse, Dina Cult, en 1959. Les jeunes mariés décident de s’installer dans le Sud-Est de la France, à Tanneron. Martin Gray y devient exploitant agricole. 

 

Mais, en octobre 1970, un nouveau drame se produit dans la vie de celui qui n’est pas encore écrivain : un incendie ravage la maison et tue son épouse et ses quatre enfants. C’est à ce moment-là que, après avoir songé au suicide, le rescapé découvre les pouvoirs thérapeutiques de l’écriture. Il s’est remarié et a eu cinq enfants, avec lesquels il s’installera en Belgique dès 2012.

 

Pas un écrivain, un « témoin »

 

« Je pense qu’on attend de moi que je sois la voix d’un témoin. Un témoin doit parler, dire ce qu’il a vu, ressenti : c’est un devoir », confiait-il. Marvin Gray ne se voyait pas comme un auteur, mais comme un témoin avant tout. Dans un entretien pour la promotion de son dernier roman, Au nom de tous les hommes, publié aux éditions du Rocher — en écho avec le précédent — il disait utiliser l’écriture comme un exutoire : « Je n’écris pas, je crie. »

 

S’en va, avec Martin Gray, l’un des derniers « témoins » du Ghetto de Varsovie et une écriture humaniste, universaliste. « Ce que je voudrais, c’est alerter. J’ai vécu la barbarie, elle m’a blessé, elle a tué les miens. Attention, tout peut recommencer ! Tout recommence déjà ! Je pense qu’il faut simplement, difficilement, dire ce qu’il en est, voir le monde tel qu’il est pour pouvoir échapper à la barbarie. Je voudrais laisser à mes enfants un monde un peu plus juste, un peu plus fraternel, un peu plus humain. »


Une leçon de vie que l’on trouve résumée dans son premier ouvrage, Au nom de tous les miens, dont voici un extrait : 

 

[...] Vivre, jusqu'au bout, [...] pour rendre ma mort, la mort des miens impossible, pour que toujours, tant que dureront les hommes, il y ait l'un d'eux qui parle et qui témoigne au nom de tous les miens. 

 

 

Ce livre avait été adapté au cinéma par Robert Enrico en 1983, avec Brigitte Fossey dans le rôle de Dina :