Game of Thrones : pire que la page blanche, la pression permanente

Clément Solym - 04.08.2014

Edition - International - RR Martin Thrones - HBO Game - adaptation succès


Avec son sourire jovial et sa barbe blanche, George RR Martin passerait aisément pour un Père Noël, bien qu'un peu barré. Avec Game of Thrones, le romancier a décroché le jackpot, connaissant un succès démesuré dans les publications, et au travers de l'adaptation dans la série télévision. Mais le trône de fer commence à (dé)rouiller.

 

 

 

 

Une franchise aussi impressionnante devrait tourner comme une horloge suisse. La réussite vient de toutes parts et, à l'image d'Harry Potter, on croirait volontiers à une idylle filant vers un ciel sans nuage. Le problème est que si le tandem est parfait dans le cas du petit magicien, entre la romancière et Warner, chargée des films, c'est loin d'être le cas pour Martin.

 

Le problème majeur, note-t-on, c'est que l'écrivain de la saga prend un temps considérable pour chacun de ses ouvrages. Et qu'en parallèle, la production de HBO ne travaille pas dans les meilleures conditions. Au point que, pour la saison 5, Martin n'officiera même plus comme scénariste.

 

Le scénario, les tournages : c'est fini

 

Dans les premiers temps, il se chargeait de l'écriture d'un seul épisode par saison. Mais le problème se doublait de par sa présence fréquente sur la production. Et l'obsession du nouveau tome, The Winds of Winter, devient une alarme récurrente. « Je pourrais passer l'année prochaine avec eux, mais je dois achever The Winds of Winter », assure-t-il. De même que pour son épisode annuel : « Pas cette année non plus - encore une fois parce que j'ai ce livre à boucler. »

 

Les interventions régulières de Martin dans la presse ont permis, presque à chaque coup, d'apporter de nouvelles informations, parcellaires, sur ce que sera ce nouveau tome. Ainsi, Tyrion et Dany s'y retrouveront : « Ils ont tous deux d'assez grands rôles à y jouer. » Et dans le même temps, fidèle à sa réputation de meurtrier, Martin n'hésite pas à glisser que Tyrion pourrait être le prochain à mourir. « Eh bien, je lui ai tranché le nez, alors... "AHAHAH" »

 

Interrogé voilà quelques semaines, sur le fait qu'il n'achèverait pas son livre, Martin avait dressé un fameux majeur à destination des sceptiques. Mais les questions de délais sont aussi des problèmes dont on entend régulièrement parler. « J'essaie de ne pas prêter attention à tout cela », balayait-il encore l'an passé. Sauf que la pression s'exerce chaque fois un peu plus. 

 

Surtout que les âmes en peine se souviendront des propos tenus en novembre 2013. Personne ne reprendra son univers, promettait Martin. « Pas tant que je serai vivant. Mais je ne serai peut-être pas toujours vivant, parce ‘Valar Morghulis' - Tout homme doit tôt ou tard mourir [NdR : citation de son propre ouvrage, phrase en langue imaginaire, le haut valyrien, devise des Sans-Visage]. »

 

Et quand on évoquait les franchises de James Bond, basé sur les livres de Ian Fleming, ou Jason Bourne, création de Robert Ludlum, ou encore, Star Wars, largement exploité par George Lucas, il s'énervait : « Je détesterais voir cela arriver. »

 

Avec le temps, va, tout s'en va...

 

Lui-même reconnaissait aisément qu'avec l'âge, il écrivait moins rapidement - et la santé n'est probablement plus aussi bonne. Les fans sont de moins en moins prompts à patienter pour obtenir ce qu'ils considèrent désormais comme un dû. Martin sait s'amuser de cette pression, et quand on lui propose tout le temps nécessaire, il rétorque, du tac au tac : « Eh bien, je vous remercie. Ne le dites pas en public. On va vous arracher les bras. » Juste assez d'humour pour confirmer que le problème se pose. 

 

Avec une partie de la saison 4, on touche aux derniers éléments disponibles dans les livres, et les scénaristes n'auront bientôt plus grand-chose à se mettre sous la dent. « La saison 5 de Games of Thrones va devoir commencer à s'écarter des livres... et c'est dangereux », reconnaît-on. Car si les enjeux sont gros chez HBO, c'est avant tout qu'il faut conserver l'attention des fans, toujours disposés à se passionner pour autre chose. Et les raisons de se tourner vers d'autres productions ne manquent jamais, tant les tendances se font et se défont rapidement. 

 

Ce sixième tome cristallise par ailleurs de nombreuses attentes. « Je ressens certainement l'envie de finir les livres. Il faut dire que, bien que je reçoive un paquet d'emails et de courriers, il y a aussi beaucoup de soutiens qui me disent : ‘Prends ton temps. J'adore tes livres. Quand ils seront prêts, je serai là.' » 

 

À force de travailler le texte, d'écrire, reprendre et réécrire, l'auteur a fini par cesser d'annoncer des dates de sortie, tant la tâche est laborieuse. Après la parution du tome 3, il a fallu attendre, et attendre encore, avant que n'arrive le tome 4. Quand l'écriture vient facilement, il n'y a aucune question à se poser, avoue Martin. Mais le reste du temps, il a les fans, ses éditeurs, et même HBO qui lui rendent la vie difficile.

 

S'extraire des attentes de chacun, voire des exigences de certains, n'aide pas à se poser sereinement devant son clavier, pour développer son univers.