Masturbation, blasphème, gros mots : Sherman Alexie censuré

Clément Solym - 09.04.2014

Edition - International - Sherman Alexie - censure - masturbation


On ne plaisante pas avec le blasphème et les gros mots, dans l'Idaho. L'Etat américain vient de bannir le livre de Sherman Alexie. The Absolutely True Diary of a Part-Time Indian a été retiré des lycées et du programme scolaire, alors même que le roman classé chez les Young Adult a été plusieurs fois primé. Mais les parents sont souvent assez peu sensibles aux récompenses littéraires, quand il s'agit de protéger leur progéniture de toute forme d'ouverture d'esprit.

 

 

 

 

Depuis 2010, le roman d'Alexie comptait parmi les oeuvres utilisées dans le cadre scolaire, mais dans la presse locale, on déplore d'y avoir découvert des mots « que l'on n'emploie pas chez nous », ainsi que des « références à la masturbation », ou encore, des commentaires « anti-chrétiens ». C'en était évidemment trop. 

 

Publié en 2007, l'ouvrage avait remporté le National Book Award pour la littérature jeunesse la même année, puis le l'Odyssey Award, décerné par l'American Library Association en 2009. Il raconte les expériences d'un jeune amérindien qui quitte l'école située dans une réserve indienne de l'Etat de Washington, pour se rendre dans un établissement publique. Le livre fut publié chez Albin Michel en 2008, sous le titre Le premier qui pleure a perdu :

Voici les péripéties poignantes et drôles de Junior, un jeune Indien Spokane, né dans une Réserve. Rien ne lui sera épargné - il a été le bébé qui a survécu par miracle, l'enfant dont on se moque et il est désormais l'adolescent qui subit en soupirant coups de poings et coups du sort. Jusqu'au jour où cet éternel optimiste réalise qu'un déplorable avenir l'attend s'il ne quitte pas la Réserve. Admis à Reardan, une école prestigieuse surtout fréquentée par les Blancs, Junior se sent devenir un Indien à temps partiel ... Dans ce roman plein d'humour où se devine l'autobiographie, Sherman Alexie raconte à merveille tous les combats, petits et grands, contre soi-même et les autres, qui se gagnent de haute lutte, à condition de porter bien haut les armes de l'intelligence, de la lucidité et de l'humour.

 

Selon les parents désolés, on retrouve dans les 230 pages du roman, 133 mots offensants ou blasphématoires. « Il y a, tout du long, des contenus obscènes, dégradants, d's mots d'argots comme celui utilisé pour décrire une certaine partie de l'anatomie féminine, et une représentation injurieuse du Christ », précise une maman. 

 

Et bien entendu, depuis la polémique, le livre est particulièrement sollicité dans les librairies et les bibliothèques publiques. Une pétition ayant récolté plus de 350 signatures est en cours, pour tenter d'inverser la tendance. « C'est l'idée même de la pédagogie qui est censurée ici », explique un autre parent d'élèves, décidé à défendre l'ouvrage.