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Mathias Malzieu et Véronique Ovaldé : de l'imaginaire à l'ardeur poétique

Nicolas Gary - 14.10.2018

Edition - Société - Mathias Malzieu Dionysos - Véronique Ovaldé écrivain - ardeurs poétiques auteurs


Parmi les dernières rencontres proposées au salon Lire en Poche de Gradignan, celle de Véronique Ovaldé avec Mathias Malzieu fit salle comble. Le fondateur du groupe Dionysos avait déjà mis le feu lors de la soirée d’inauguration ce 12 octobre. Avec tendresse, ils ont tous deux échangé : littérature, écriture, imaginaire et « ardeur poétique » au programme.


Mathias Malzieu et Véronique Ovaldé
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

 

Du réalisme magique de Véronique Ovaldé, à l’univers de vampire, proche de Burton, qu’entretient Malzieu, deux mondes littéraires vraiment distincts. Pourtant, c’est la quête de l’aventure qui les guide, l’un comme l’autre. Racontant son périple en Islande, débuté sur un skate électrique, Malzieu se souvient : « Rien ne s’est passé comme prévu : le skate a cassé, j’ai continué avec un normal, changeant parfois l’itinéraire pour avoir le vent dans le dos, et me faire pousser. »

 

“Je suis un garçon poli, je mords peu les gens”


De même, le livre est improvisation : depuis quinze ans qu’il a publié son premier livre, « l’écriture s’est imposée d’elle-même. Et je n’ai pas eu besoin d’être mal ou malade pour me nourrir de merveilleux. L’imaginaire permet de rêver et se mettre à la place des autres. J’ai toujours travaillé avec cette matière ». Du réel, pétri de fantastique.

 

Et de poursuivre : « A la perte de ma mère, j’ai inventé un géant pour me protéger, comme une béquille. Avec le Journal d’un Vampire en pyjama, j’ai souhaité remettre de l’espoir dans la maladie que j’affrontais, tout en m’offrant le moyen de rester moi-même. L’hôpital vous pousse à devenir malade — et dans mon cas, je venais pour des transfusions de globules rouges. Métaphoriquement, et réellement, j’étais devenu un vampire. Mais comme je suis un garçon poli, je mords peu les gens. »

 

L’humour et la gymnastique de l’esprit ont fait le reste : le livre n’a rien de thérapeutique, il est la sublimation d’une détresse, et la méthode pour dépasser la peur. 

 

L’exhortation que Véronique Ovaldé avait mis dans son dernier livre, Soyez imprudents les enfants « c’est l’invitation à se lancer. Une aventure comme celles qu’écrivait Stevenson, L’île au trésor, ou le Docteur Jekyll. Mais pour l’auteur, c’est aussi une invitation au lecteur de nous suivre dans une forêt parfois obscure. C’est intéressant que l’expression “Je suis rentrée, ou pas rentrée”, dans un livre, signifie qu’il a plu ou non. C’est un vraiment mouvement, un engagement ».

 

L'esprit de sérieux français pèse sur la littérature
 

Dans le long processus, solitaire, de l’écriture, « des milliers d’heures, qui vont contre nature, dans cet isolement, cette solitude, nous cherchons la musique, ne pas perdre la mélodie de ce que l’on chercher à raconter », poursuit la romancière. Après tout, Nerval affirmait qu’il voyageait pour vérifier ses rêves : Malzieu comme Ovaldé approuvent, plus encore. « C’est l’équilibre entre l’angoisse et l’excitation. Pour l’auteur, bien entendu, parce que toute aventure extraordinaire finit par faire peur également. »

 

L’image de Murakami, de l’artiste en coureur de fond, semble d’ailleurs particulièrement séduire Mathias Malzieu. 

 

Véronique Ovaldé continue son analyse, elle qui est également éditrice : « En France, on a un esprit de sérieux, par rapport à la littérature. De la même manière que, comme je suis une femme, on m’a demandé pourquoi je n’écrivais pas des livres pour enfant. Parce que les femmes s’occupent des enfants, bien sûr. Quand on lit les livres de Mathias, c’est cette confiance en la fiction qui ressort. J’apprécie son parti pris de l’onirique. C’est le même que Roald Dahl éprouvait : l’absolue confiance en l’imagination… »


Mathias Malzieu et Véronique Ovaldé
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

Après tout, l’humanité s’est construite sur des histoires – le dernier chapitre du livre d’Ovaldé s’intitule Chacune de mes vertèbres est une histoire. « Nous portons cet appétit d’histoires, nourris que nous sommes des légendes familiales. Pour donner du sens, parce que nous ne sommes pas des hamsters – si, si, je vous assure : racontez une histoire à un hamster, vous verrez ce qui se passe. Rien. » L’immense privilège, et la malédiction de l’humanité, savoir qu’elle est périssable. Pascal ne contesterait pas.
 

“L'enthousiasme est une forme de magie”


Malzieu rebondit : « On connaît la fin, théoriquement. En pratique, on sait simplement qu’elle est inéluctable. Alors, en attendant, lire, écrire, cela me permet de doubler mon temps de vie. Quand je suis tombé malade, j’ai eu le sentiment d’un compte à rebours, qui pouvait être fatidique. Alors, j’ai procédé comme à un retour vers l’intériorité. J’ai musclé mon imaginaire, j’ai écouté, lu, vu, écrit. Tout ce qui m’a permis d’affronter et de rester moi. » 
 

De l’un à l’autre, la présence des enfants dans les livres est première, presque fondamentale. Pourtant, si Malzieu n’écrit « pas pour les enfants », et que Véronique Ovaldé a publié deux livres jeunesse, leurs œuvres portent une marque spécifique. « L’enfance, c’est le désir de tout, on agit en se donnant les moyens, on cherche l’énergie pour tout réaliser. C’est le talent inné de tout enfant qui veut ça. Ensuite, je n’ai personnellement aucune envie de régresser, mais simplement je préserve la spontanéité de cet âge. Et je la stimule. »

 

Pour la romancière, « la pratique de l’écriture a commencé très tôt : à sept ans, je disais à tout le monde que je serai auteur. C’était un projet très sérieux, que je prenais à cœur : j’écrivais, pour m’entraîner, ce que j’appelais des textes. » Depuis, quelques-uns ont su conquérir les lecteurs.

 

« Ensuite, cette pratique est marquée de toutes les choses qui font de moi une adulte — et comme tout un chacun, j’ai connu des petites choses marquantes, plus ou moins douloureuses. C’est pétrie de tout cela que je me mets à la recherche de ce rapport simple à l’imaginaire. Petite, je balançais entre la mélancolie et la tristesse, mais la confiance de devenir écrivain équilibrait. Cet enthousiasme, c’est une forme de magie. » 

 

“Mon métier ? Je fais le con poétiquement”


Et Malzieu de trépigner : « C’est ça : on ne peut y parvenir que si l’on conserve ce lien à l’enfance. Il est très important de ne pas être sérieux. De travailler sérieusement, en se penchant sur l’enfance, sans jamais déborder. Parce qu’en fait, on joue au démiurge en écrivant, et cet autodieu proclamé peut virer à l’odieux, s’il ne doute pas. »

 

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Le métier d’auteur serait alors constitué de doses de vaccinations régulières : s’inoculer du doute, pour être stimulé régulièrement, et surtout éviter la catastrophe de ne pas douter — l’autosatisfaction — et l’autre catastrophe, de trop douter. « De cette manière, j’ancre tout dans le réel, parce que tout n’est que métaphore de la réalité. J’aime me promener à la lisière des endroits où l’on ne sait plus vraiment ce qui se passe. »

 

Probablement est-ce pour toutes ces raisons que leurs mondes littéraires portent autant de référence à la disparition, qu’elle soit celle qu’entraîne la mort, ou plus encore, la volatilisation des personnages. Entre l’invisibilité dont rêve Malzieu et la fascination d’Ovaldé pour les sorcières, les histoires ne manqueront pas. « Vivre avec un artiste, ce n’est pas simple : le doute peut devenir paralysant, et les artistes sont des êtres avant tout intranquilles. »

 

Oui, enchaîne Malzieu, « mais je fais un métier, un beau métier : je fais le con poétiquement ». Rire dans la salle, sourire complice avec Véronique Ovaldé. « Ce qui nous plait, à tous deux, c’est le pas de côté, et le surgissement de l’extraordinaire. »




Commentaires

deux belles rencontres pour un moment (trop court) d'émotions fortes, ces deux écrivains nous ont comblé durant cette conférence de par leur poésie, leur tendresse et leur écriture.

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