Mathieu Lindon, prix Médicis 2011, un roman dans la douleur

Clément Solym - 04.11.2011

Edition - Société - Prix Médicis - Mathieu Lindon - Ce qu'aimer veut dire


Le lauréat de cette année a déjà été largement salué par la presse au cours des semaines passées. Dans son livre, Ce qu'aimer veut dire, il rend tout simplement un hommage à Michel Foucault, ainsi qu'à son père, Jérôme Lindon, éditeur qui participa à la mise en place de la loi Lang.


Pourtant, Lindon ne partait pas favori dans la liste des potentiels lauréats au prix. C'est ainsi qu'avec une grande émotion, il a appris la remise de ce prix. Et de confier à l'AFP : « J'ai eu du mal a écrire ce livre parce que c'est quelque chose de si particulier d'avoir été si proche de ces deux êtres d'exception. »

 

Il est certain que le père Lindon, autant que le philosophe, qui animent ce roman autobiographique, ont pu être de grands bonhommes.

 

Au travers du livre, ce sont toutes les déclinaisons de l'amour, dans ses complexités et ses manifestations, qu'il tente d'appréhender. Anne Garetta, membre du jury, ajoute : « On a récompensé une possibilité utopique qui a existé dans les années 70 et qui maintenant existe à l'état de trace et surtout un superbe récit d'éducation, dans la grande tradition française du roman d'éducation et à la fois du roman d'analyse. »

 

Évoquant tout à la fois la simplicité, la franchise et la sincérité de Lindon, Dominique Fernandez souligne toutefois : « C'est plus la note émotive que le témoignage littéraire de ceux qu'il a côtoyés. »

Le livre est publié aux éditions P.O.L.

 

« Il n'y a pas à différencier l'amour qu'on a pour un père, l'amour qu'on a pour un amoureux et l'amour qu'on a pour un amant », conclut Mathieu Lindon. 

 

Mathieu Lindon est critique littéraire à Libération, depuis maintenant près de 30 ans. Il avait publié son premier ouvrage dans la maison d'édition de son père, Les éditions de Minuit, en 1983, mais Lindon père lui avait imposé de prendre un pseudonyme, Pierre-Sébastien Heudaux.

 

Mathieu Lindon aurait aimé, dit-il, que son père et Michel, puissent lire ce livre avec émotion, mais il en est ainsi. Au-delà d'un livre hommage, c'est un livre-épicentre, où l'amour prend une forme presque palpable. Il n'est plus question de percevoir une facette du cœur (amour filial, charnel, fraternel) mais plutôt d'assembler toutes les pièces d'un puzzle-amour.

Les dernières pages sont de petites pépites, qu'il serait bon de relire. Tel un Charlie Chaplin qui, en ouvrant pour la septième fois la porte reçoit la même poutre sur la tête, nous nous ferons surprendre à chaque fois, par la délicatesse et la force de chaque mot.

Même les fins sont des douceurs. (Voir notre chronique)