Maurice Nadeau "éditeur exceptionnel" qui "voyait loin et lisait juste"

Cécile Mazin - 17.06.2013

Edition - Société - Maurice Nadeau - décès - Aurélie Filipetti


A l'annonce de la mort de Maurice Nadeau, plusieurs personnalités politiques se sont publiquement exprimées pour saluer la mémoire de l'éditeur et créateur de la revue La Quinzaine littéraire. « Toute la rédaction de La Quinzaine littéraire est sous le choc, il va falloir lui trouver un successeur, mais nous allons poursuivre son oeuvre », a assuré son fils Gilles, qui a rapporté la nouvelle.

 

 

 

 

Né le 21 mai 1911, Maurice Nadeau avait apporté plus que sa pierre à l'édifice littéraire français, que ce soit dans les découvertes d'auteurs aujourd'hui incontournables, ou, en 1966, dans la création de la Quinzaine. Parmi ces auteurs, on compte Beckett, Miller, Gombrowicz, Soljenitsyne, Pérec et dernièrement, le romancier Michel Houellebecq, passé depuis lors chez Flammarion.

 

Aux éditions Maurice Nadeau, il publiera plusieurs autres grands noms comme René Char, Henri Michaux, Raymond Queneau, Nathalie Sarraute, Claude Simon, Roland Barthes ou Yves Bonnefoy. Pour couronner le tout, c'est entre 1965 et 1969 qu'il fera paraître l'intégrale des oeuvres de Flaubert avec sa correspondance.

 

Il « aura fait connaître en France Henry Miller, Malcom Lowry, Witold Gombrowicz, Leonardo Sciascia, Georges Perec ou plus récemment Michel Houellebecq. C'est dire s'il voyait loin et lisait juste », souligne Aurélie Filippetti.  

À cent ans passés, la vie de Maurice Nadeau continuait, pour reprendre ses propres termes, à passer par les livres. Il y a encore un mois à peine, il avait proposé une solution pour sauver sa chère Quinzaine, actuellement en difficultés financières. Il avait la sûreté de jugement, mais aussi beaucoup de courage et d'audace.

Il aura conservé jusqu'au bout l'esprit de résistance qu'il avait manifesté, au risque de sa vie, lors de la dernière guerre.  Qu'il avait manifesté également à ses débuts, comme journaliste à Combat, puis critique littéraire à France-Observateur et à L'Express. Longtemps membre du jury Renaudot, ce bel écrivain nous laisse des sommes magnifiques qui embrassent le large spectre de nos lettres françaises.

  

De son côté, le maire de Paris, Bertrand Delanoë rend hommage à l'homme engagé « auprès du Parti Communiste et Résistant, critique inspiré et audacieux, fondateur de la Quinzaine littéraire et éditeur », qui aura su « placer son engagement au service de la diffusion des œuvres les plus décisives de notre temps ».  

C'est à son talent de découvreur que l'on doit la publication et la défense des textes de Perec, de Barthes, de Char ou, plus récemment, de Michel Houellebecq, ainsi que l'introduction en France d'écrits aussi novateurs que ceux de Sciacia, Lowry, Wright, Kerouac, Gombrowicz ou encore du prix Nobel sud-africain JM Coetzee.   

 

Le président François Hollande lui-même estime que « la France vient de perdre avec Maurice Nadeau un éditeur exceptionnel ». Et de se souvenir de son implication dans la Quinzaine, car « en la dirigeant avec constance, en se battant jusqu'au bout pour en assurer la pérennité, il a rendu un service éminent au monde des lettres et à la culture française ».