Mauvaises conditions de travail en entrepôt ? "C'est tout à fait inexact"

Nicolas Gary - 18.01.2014

Edition - Economie - Romain Voog - président - Amazon France


« Je profite de cette question pour proposer à mes collègues députés un changement des règles de notre assemblée. Nous posons nos questions aux ministres en deux minutes. Nos performances ne s'améliorent jamais. Nous semblons incapables d'augmenter notre productivité. Je vous propose qu'à compter de novembre, chaque député dispose d'une seule minute puis, en décembre, de trente secondes. Nous serons ainsi efficaces et productifs. »

 

 

 Kindle tactile d'Amazon déballage

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

La députée Isabelle Attard avait fait trembler un instant l'Assemblée nationale avec cette provocation. Évoquant un article de Jean-Baptiste Malet, auteur de En Amazonie, elle parlait des conditions de travail des employés d'Amazon. « Elle recrute un grand nombre d'intérimaires, en promettant un CDI aux meilleurs et organise ses entrepôts de manière stakhanoviste : le salarié ne dispose d'aucune autonomie ; une machine lui dit où aller, quoi faire, chaque déplacement est mesuré, chaque ralentissement provoque un rappel à l'ordre des contremaîtres. La direction d'Amazon ne demande pas une production fixe à chaque employé, mais simplement faire mieux que la veille. »

 

On sort le président d'AMZ France depuis quelque temps...

 

Romain Voog, président d'Amazon France, était intervenu au micro de RTL pour rectifier le tir, parlant d'une « caricature de la réalité ». Et de souligner que sa société représente « 800.000 livres en stock, livrables en 24 heures, partout en France, c'est-à-dire l'intégralité du catalogue de livres français ». Or, 70 % des ventes sont réalisées sur des ouvrages qui ont plus d'un an, des titres « que l'on ne trouve pas facilement en librairie ».

 

Par ailleurs, « plus de 1000 librairies » utiliseraient le Market Place pour vendre des livres sur internet. Des données que ActuaLitté avait réclamé à Amazon voilà deux semaines, mais que l'on était incapable de nous fournir, nous avait-on répondu.

 

Sur les conditions de travail, « c'est complètement inexact ». « Bien entendu, dans une entreprise de logistique il y a une partie de travail qui est un petit peu physique », ajoute-t-il, mais ces attaques blesseraient les employés de la firme. 

 

 

 

 

Mais il est intéressant de confronter cette vidéo à une précédente, réalisée sur France Info, le 21 décembre dernier. On était alors à 15 millions de visiteurs uniques par mois, contre 14 millions un mois plus tard, dans l'émission de RTL. Mais ce détail n'est qu'anecdotique. Mais déjà, le président affirmait que « nos conditions de travail sont bonnes [...] c'est ce que disent nos salariés, et c'est le plus important ». Et de contester les informations livrées par Jean-Baptiste Malet dans son ouvrage. Mais dans ce cas, si le livre est menteur, pourquoi une plainte pour diffamation n'a pas été déposée ?

 

Passons sous silence, ou pas, la pétition dégainée au Royaume-Uni, qui dénonce les conditions de travail des salariés, parlant d'une situation « humiliante ». Elle a d'ailleurs recueilli 54.875 signatures... Mais peut-être devrait-on renvoyer à la lecture d'un ouvrage, certainement disponible chez Amazon, dans lequel on peut lire : 

« Il faut imaginer Sisyphe heureux [...] Je vois cet homme redescendre d'un pas lourd mais égal vers le tourment dont il ne connaîtra pas la fin »

 

Bref. Pour ce qui est de la cadence, il ne s'agit que de la moyenne de ce que réalisent les employés, et quand l'un d'entre eux ne parvient pas à cette moyenne « on l'aide à comprendre ». 

 

Dans tous les cas, on retrouve des données finement répétées, les 5500 « emplois créés en France », les 10.000 TPE et PME qui profitent du Market Place, et des emplois indirects qui sont générés. Et toujours Amazon premier client de la Poste en France. Amazon bienfaiteur ? Il sera toujours bon de rappeler que la société perçoit également des aides de la part des collectivités, pour s'installer sur les territoires, une donnée que l'on ne retrouve que rarement mentionnée dans les interventions officielles. 

 

Et sur la loi, qui n'était alors pas encore passée au Sénat ? « Les consommateurs trouvent ça injuste. [...] Les premiers impactés par une telle mesure sont les Français. » Autre donnée intéressante, cette fois on apprend que 60 % des livres « offerts et vendus par Amazon », sont des titres qui ont plus de deux ans, mais cette fois, le président est plus radical : ces titres ne se retrouvent pas, ou ne sont pas disponibles dans « les différents secteurs plus traditionnels », librairies ou grandes surfaces. « Cette opposition [NdR : entre vente en ligne et librairies physiques], elle est nulle et non avenue. »

 

 

 

 

Si l'on dispose de quelques minutes supplémentaires, on pourra également revisionner l'entretien du 11 décembre 2013, sur Radio Classique. « Amazon est un libraire très atypique et très complémentaire », avec les 880.000 titres disponibles. Mais cette fois, le président d'Amazon France hésite : un coup, les 70 % de ventes sont des ouvrages de plus d'un an, la seconde suivante, ils ont plus de deux ans. La variation n'est pas monstrueuse, mais semble bien diriger la problématique. 

 

ActuaLitté en profitera pour rappeler que si le président se sent vraiment à l'aise avec toutes ces questions, nous serions ravis de pouvoir en ajouter quelques-unes, et qu'il prenne le temps d'y répondre.