Max et les maximonstres, contre le politiquement correct

Nicolas Gary - 25.11.2013

Edition - International - Maurice Sendak - Max et les maximonstres - littérature jeunesse


Where the Wild Things Are, ou, Max et les Maximonstres fut, dès sa parution, salué comme un chef d'oeuvre. L'histoire d'un petit garçon habillé d'un costume de loup, qui est envoyé au lit sans dîner, et crie : « Je vous mangerai. », a pourtant mis quelques adultes peu à l'aise en 1963. L'époque de l'enfant roi était en cours de transition...

 

 

 

 

A l'époque, le magazine professionnel Publishers Weekly se souvient d'avoir parlé d'illustrations superbes, pour présenter le livre de Sendak, avec une légère nuance : « Elles pourraient s'avérer effrayantes, parce qu'elles sont accompagnées d'une histoire très confuse. » Comme il est facile pour la presse de se méprendre -  et se méprendre à  ce point !

 

Les enfants, depuis, ont eu cinquante années pour s'habituer et 20 millions d'exemplaires ont su trouver le public attendu. L'an passé encore, un sondage réalisé en montrait que les lecteurs de Library Journal élisaient le livre comme leur favori. Mais pouvait-on simplement douter qu'il en fût ainsi ? À travers 32 langues, WtWTA a conquis le public et la planète. 

 

Mieux : en 2009, une adaptation au cinéma par Spike Jonze renvoie le livre dans la liste des meilleures ventes - sachant que depuis 1993, il était resté dans le top 150 durant 87 semaines. Dave Eggers, scénariste, se souvenait qu'au moment où sa mère lui faisait la lecture, il était lui-même terrifié : « J'étais habitué à des récits plus nets, avec un message clair de ce qui est bon et qui est mauvais, mais les monstres de Sendak étaient trop simples ou trop mignons. »

 

L'auteur, qui aura publié une centaine de livres de son vivant, est décédé l'an passé à l'âge de 83 ans. Et quand on lui posait - souvent - la question, de savoir ce qui était arrivé à Max après cette aventure, il répondait avec facétie : « C'est un garçon juif, célibataire », qui vivait encore avec sa mère et ne sortait pas beaucoup, sauf pour ses consultations chez son thérapeute.

 

Aujourd'hui encore, difficile de ne pas considérer ce livre comme un véritable bijou de la littérature jeunesse illustré : les thèmes qu'il déploie sont toujours d'actualité, autant que leur traitement, qui semble littéralement intemporel. Le type d'ouvrage qui ne meurt jamais : Sendak n'avait clairement pas peur d'inspirer des sentiments complexes aux enfants. 

 

Son Max était un peu sauvage, et ce n'était pas un problème : ainsi les enfants pouvaient-ils se laisser aller à découvrir une part d'eux-mêmes qu'ils n'avaient pas forcément le droit de laisser s'exprimer. Que rêver de mieux, dans une société qui, depuis lui, ne cesse de courir après le politiquement correct ?

 

Max et les Maximonstres, sur Chapitre.com