McGraw-Hill refuse de réécrire l'histoire à la demande du Japon

Julien Helmlinger - 16.01.2015

Edition - International - McGraw-Hill Education - Femmes de réconfort - Polémique


Le ministre des Affaires étrangères japonais a sollicité la maison d'édition américaine McGraw-Hill afin qu'elle daigne « corriger » un passage dans l'un de ses manuels scolaires utilisés aux États-Unis. Pour cause, l'un des chapitres fait référence aux « femmes de réconfort », ces esclaves sexuelles de la Seconde Guerre mondiale enrôlées dans des bordels de l'armée impériale. Un fait historique que le gouvernement nippon passerait bien sous silence.

 

Image d'archive

 

 

Au cours du mois de décembre 2014, l'éditeur s'est vu soumettre la requête du ministère japonais via un bureau diplomatique basé à l'étranger. Selon le gouvernement, la demande de correction se justifierait par la « découverte d'erreurs et de descriptions en conflit avec la position du Japon sur la question des femmes de réconfort », dans le manuel Traditions & Encounters: A Global Perspective on the past.

 

La filiale McGraw-Hill Education a confirmé avoir été approchée par des représentants du gouvernement japonais et avoir refusé d'accéder à leur demande. La maison justifie sa décision en soutenant que les universitaires « s'accordent sur le fait historique des femmes de réconfort, et nous soutenons sans équivoque les écrits, la recherche et la présentation des auteurs ».

 

Un avis d'experts que n'approuve pas le gouvernement conservateur du Premier ministre Shinzo Abe. Celui-ci semble en croisade pour réécrire l'histoire de son pays, et principalement celle de la Seconde Guerre mondiale et autres conflits territoriaux avec la Chine. Cette année, son budget a été augmenté de 50 milliards de yens (368 millions d'euros) pour « promouvoir la compréhension mondiale » du Japon.

 

Pour le gouvernement, et les nationalistes de l'Archipel, les récits historiques feraient parfois d'injustes reproches à l'Empire. Pour contenter les sensibilités d'une part de la droite politique nippone, il faudrait présenter ces femmes de réconfort comme des prostituées plutôt que des esclaves. Et ce bien que les historiens s'accordent généralement à dire qu'elles étaient enrôlées par tromperie, voire par rapt.

 

Ces femmes auraient été environ 200.000, en provenance de Corée pour une grande partie, mais également pour certaines de Chine, de Taïwan ou des Philippines.