Médiathèque Antoine Chanut de Creil : agir au cœur de la cité

La rédaction - 22.12.2016

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Imaginé aux États-Unis dans les années 1980, le concept de bibliothèque troisième lieu tend à se répandre en France. Il envisage l’équipement culturel comme un espace porteur de lien social, distinct à la fois du foyer et de la sphère professionnelle. À Creil, c’est depuis plus de trente ans que Sylviane Léonetti, conservateur en chef, directrice de la médiathèque et de ses deux annexes de quartier, s’emploie à inventer de nouvelles manières de faire vivre les livres. 

 

Médiatheque Antoine Chanut Creil

 

 

Dans la ville de 35 000 habitants qui s’étend sur les bords de l’Oise, à soixante kilomètres du centre de Paris, on ne manque pas d’imagination pour assurer la mission de développement de la lecture publique qui incombe aux bibliothèques. L’implication en faveur de la culture ne date pas d’hier ; Antoine Chanut, maire socialiste de Creil de 1963 à 1977, a donné son nom à la médiathèque centrale qui occupe aujourd’hui 2 000 m2 de la Faïencerie. Le bâtiment, construit au début des années 1990, abrite également un théâtre. 

 

Depuis son arrivée à Creil en 1981, Sylviane Léonetti, d’abord discothécaire, considère que la médiathèque doit être un lieu de vie, ouvert et accessible à tous les publics : « Il faut dire oui à toutes les demandes pour que la population s’empare de ces endroits qui n’ont pas vocation à être des temples du savoir, mais à permettre aux gens de se rencontrer. »

 

À cet égard, elle a souvent mis en œuvre des actions novatrices, épaulée par une équipe de vingt personnes répartie sur les trois sites. C’est ainsi qu’en 1993, Creil a été pionnière dans les cafés philo en recevant leur fondateur, le philosophe Marc Sautet, auteur d’Un Café pour Socrate (Éd. Robert Laffont, 1995). L’expérience a rencontré un vif succès ; elle se poursuit toujours chaque mois à la médiathèque qui propose aussi une version « goûters philo » pour les adolescents. 

 

La culture comme engagement 

 

D’ateliers en conférences, de salons en résidences d’auteurs, l’exigence est ici au cœur de toutes les démarches, dans le souci de croiser les publics, les classes sociales, les générations. Citant Voltaire, Sylviane Léonetti est catégorique : « Plus les hommes seront éclairés, plus ils seront libres. » Dans cette ville au passé industriel où de nombreux travailleurs immigrés se sont installés dès les années 1960, plus de soixante-dix nationalités cohabitent désormais.

 

« Aimer son métier ne suffit pas, Creil est une ville qui oblige à s’engager », affirme la bibliothécaire qui conçoit l’éducation artistique comme une priorité, tout comme l’accueil des personnes en situation de handicap (accessibilité, livres audio ou tactiles...). « Quelles que soient sa condition, son origine ou sa vie, chacun doit être considéré comme un être humain qui mérite la culture et l’opportunité qu’elle offre de développer sa liberté de penser et sa citoyenneté. » 

 

L’enjeu est de taille, a fortiori dans les temps de violence que nous connaissons. La défense des valeurs de la République est depuis longtemps un sujet de préoccupation à Creil. En 2014, peu avant les attentats de Charlie Hebdo, l’écrivain-journaliste Philippe Lacoche participait ainsi à une résidence « Presse et République » organisée avec deux lycées du territoire pour évoquer la liberté d’expression.

 

À la rentrée 2016, l’effort sera renforcé par la création d’un label « Atelier de la fraternité » qui identifiera chacune des actions (rencontre, conférence...) en lien avec les questions de citoyenneté ou de laïcité, qu’elle soit initiée par la médiathèque ou d’autres structures de la ville. 

 

Un troisième lieu pour vivre ensemble 

 

Le réseau des bibliothèques travaille toujours en étroite collaboration avec les partenaires locaux. « Seul, on ne fait rien », insiste Sylviane Léonetti, également directrice du Comité d’organisation de La Ville aux Livres (COVAL) à l’origine du Salon du Livre et de la BD de Creil qui fêtera ses trente ans en 2016. Cette manifestation phare de la vie littéraire picarde mobilise de nombreux professionnels de la chaîne du livre. Il attire chaque année 10 000 visiteurs autour d’une centaine d’auteurs comme Boris Cyrulnik, Patrick Besson, André Comte-Sponville ou Aldo Naouri, qui en furent les invités d’honneur. 

 

 

 

 

Les deux médiathèques de quartier (Jean-Pierre Besse et l’Abricotine), essentiellement consacrées à la jeunesse, entretiennent des liens étroits avec les familles, les associations, les crèches, les PMI, les enseignants et tous les professionnels de l’enfance. L’utilité d’un travail en réseau est tout aussi évidente en matière de lutte contre l’illettrisme lorsqu’il s’agit de repérer les personnes en difficulté, par exemple.

 

Refusant la stigmatisation, Sylviane Léonetti croit en un accompagnement qui repose sur l’envie de lire, le désir de progresser, ces déclics qui naissent parfois de la rencontre avec un auteur. La médiathèque peut servir de relais entre les différents acteurs qui œuvrent dans ce domaine. 

 

À l’été 2016, la médiathèque Antoine Chanut a connu des travaux de rénovation visant à renforcer son aspect « troisième lieu » et à répondre à l’évolution des pratiques et des technologies. Pour mieux servir les 20 000 usagers du réseau, les collections (130 000 documents) sont maintenant présentées selon des pôles thématiques disposant chacun d’une tablette numérique : espace famille et citoyenneté, espace jeux, espace voyages et langues...

 

Pour la directrice, il s’agit de développer une offre séduisante dans un lieu toujours plus convivial. Sur la question des budgets, sa réponse est claire : « On s’adapte. Il est toujours possible de faire des choses, même sans beaucoup de ressources. C’est une question de volonté. Chaque bibliothèque reçoit de l’argent pour acquérir des ouvrages, or le livre lui-même est déjà un trésor ! Il suffit d’imaginer comment le mettre en situation, tisser des partenariats pour le faire vivre... Il faut être positif. »

 

Et d’emprunter à Sénèque une autre citation dont elle a fait sa devise : « Il n’est pas de vent favorable pour celui qui ne sait où il va. » 

 

par Alexandra Oury

 

Médiathèque Antoine Chanut
Espace culturel La Faïencerie,

Allée Nelson à Creil

03 44 25 25 80/mediatheque@mairie-creil.fr
Du mardi au samedi de 10 h à 12 h 30 et de 14 h à 18 h (fermé le jeudi matin) 

 

 

en partenariat avec le CRLL Nord Pas de Calais