Mérédith Le Dez, la passion du verbe

Auteur invité - 15.03.2018

Edition - Société - Meredith Dez roman - coeur mendiant roman - Meredith Dez nouvelles


Après les recueils de poésie, Mérédith le Dez est revenue au roman. Le cœur mendiant est arrivé en ce début d’année : un texte riche et subtil, empreint de la beauté de la langue qui reste l’obsession de l’auteure.




 

Dès qu’elle a su lire, elle a voulu écrire. Plusieurs carrières la tentaient, en particulier celle de journaliste, mais c’est vers l’enseignement que toute jeune elle s’est dirigée : les Lettres modernes. Et puis, l’envie de changer, tout en restant dans le domaine des Lettres, alors elle devient éditrice et crée sa propre maison. Un souci constant de servir la langue française, de laisser à ses auteurs un espace de création à leur mesure, leur offrant un accompagnement jamais démenti, tout en soignant l’objet livre auquel elle apporte un soin et une esthétique absolus.

L’aventure de l’édition s’arrête en 2013 et Mérédith Le Dez choisit de se consacrer pleinement à l’écriture ; les prix Yvan-Goll (2015) et Vénus-Khoury-Ghata (2017) couronnent deux de ses recueils de poésie, la confortant dans sa nouvelle vie d’écrivain. 
 

Sans doute les histoires que son père lui inventait dans l’enfance ont-elles instillé en elle le profond désir d’écrire, d’inventer, d’imaginer. De ses origines polonaises et bretonnes, elle a conçu la curiosité de ces langues qu’elle ne pratique pas, mais qui ont profondément marqué son imaginaire. Son premier roman, Polska, s’en nourrit intensément, et du matériau autobiographique, elle a su tisser une véritable quête d’identité, s’imprégner de la Pologne pour raconter le mystère de la perte de la langue au profit du français.

Elle reviendra d’ailleurs sur cette quête des origines dans son deuxième roman, Baltique, où là encore elle fait la part belle à l’imagination du lecteur, l’amenant à s’impliquer intensément dans l’interprétation de l’histoire. Son rapport à l’écriture use de plusieurs registres qu’elle conjugue avec bonheur, adaptant la langue à ses personnages selon leur condition, les rendant ainsi extrêmement présents, ménageant des ruptures de rythme qui offrent une part de mystère.

Mérédith Le Dez aime à observer les personnes et les lieux, imaginer, s’amuser à créer des situations et des histoires naissant du réel, mais sublimées par l’imagination de l’écrivain. L’écriture est aussi un jeu et si elle développe un rapport quasi charnel à la langue, la sculptant, la ciselant, l’épurant, elle se réjouit d’en explorer tous les arcanes. 
 

La poésie est le lieu par excellence du verbe porté à incandescence


Ces mots que Mérédith Le Dez écrit dans son éditorial de la revue numérique de poésie i-rouge, qu’elle a fondée avec Paul Dirmeikis, on peut les appliquer à sa propre écriture poétique. Des Eaux noires, son premier recueil, à Journal d’une Guerre, publiés aux éditions Folle Avoine, puis dans Cavalier seul ou Paupières closes parus aux éditions Mazette, elle fait montre d’un univers où la musique des vers et des phrases emporte le lecteur au gré d’un imaginaire chatoyant, foisonnant, sublimant une approche sensible et prégnante de notre époque en rupture permanente. La poésie, comme une recherche intense de la véracité des temps présents, de leur devenir, un éclairage de la vie comme une chance, un défi à « la peur sauvage du monde ».

Les thèmes qu’elle aborde dans ses recueils sont la marque d’une femme engagée, en résistance contre toute forme de barbarie, usant de la force comme de la douceur pour dire, traduire ce monde qui explose tous les codes et dénoncer sa part de violence. 
 

Mérédith Le Dez souhaite maintenant se recentrer sur l’écriture de romans et délaisser pour un temps la poésie. Elle a choisi, en effet, de ne pas s’enfermer dans un genre littéraire et Le Cœur mendiant, à paraître en février prochain aux éditions La Part Commune, marque son retour à la fiction.

Une toute jeune fille découvre un inconnu installé sur le banc où elle a l’habitude de lire. La conversation s’engage. L’homme est traducteur, la jeune fille passionnée de littérature, et le nœud de l’histoire vient de se resserrer. Une correspondance secrète, un journal intime consignant les faits, l’enterrement d’un des personnages faisant resurgir un pan entier de la vie de celle qui est devenue enseignante, éprise de la musique de Satie, d’une sensibilité exacerbée à l’état violent du monde, se remémorant au fil de sa lecture cet homme qu’elle a aimé, tellement. 
 

Le roman se construit comme un puzzle, télescopant les époques, mélangeant les voix qui parlent de cet amour immense qui a conditionné leurs vies, des trahisons aussi ; les paysages se font personnages et la poésie s’infiltre délicatement dans l’écriture, où les caractères se construisent en d’infinis détails au fil de la lecture. 
 

Hélène Camus

 

en partenariat avec Livre et lecture en Bretagne


Mérédith Le Dez – Le coeur mendiant – Editions La Part commune – 9782844183514 – 17 €
 

Commentaires

Pas de commentaires

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.

Pour approfondir

Editeur : Part Commune
Genre :
Total pages : 248
Traducteur :
ISBN : 9782844183514

Le coeur mendiant

de Le Dez, Meredith(Auteur)

Un soir à 20h en 2015. Dans une grande tour qui domine la ville où elle s'est installée seule quelques années plus tôt, une femme regarde les informations.Elle pense à son voisin, un vieil homme malade du coeur qui vient d'être hospitalisé et dont elle garde le chat. Sur l'écran, des hommes dans un lointain désert jouent au football. Les ballons sont dirait-on faits de chiffons sales. En vérité ce sont les têtes de jeunes Américains décapités par leurs bourreaux.

J'achète ce livre grand format à 17 €