Bibliothèques : des "équipements structurants du territoire et de la société"

Antoine Oury - 23.09.2015

Edition - Bibliothèques - Marylise Lebranchu - bibliothèques - IABD


La semaine dernière, dans un entretien publié dans Les Échos, la ministre Marylise Lebranchu, de la Décentralisation et la Fonction publique, a lâché une phrase qui a fait bondir les professionnels de l'information et de la documentation. « Les médiathèques sont-elles un équipement toujours d’actualité au XXIe siècle ? », a-t-elle interrogé alors qu'elle évoquait les dotations accordées aux collectivités. Les intéressés lui ont répondu dans un communiqué.

 

Bibliothèque municipale de Lyon (Part Dieu)

Façade de la bibliothèque municipale de Lyon (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

« Il y a beaucoup d’émissions de télévision sur les gabegies locales. Les hôtels de région sont-ils trop grands ? Les médiathèques sont-elles un équipement toujours d’actualité au XXIe siècle ? On peut se poser la question. Nous n’avons pas à juger les investissements locaux mais il est normal que l’État fixe des priorités. Nous intervenons en régulateur, là où les opérateurs privés ne vont pas naturellement, comme dans l’équipement en fibre des zones rurales », déclarait la ministre Lebranchu dans cet entretien.

 

L'IABD, Interassociation Archives Bibliothèques Documentation, a souhaité répondre à la ministre avec un communiqué plutôt concis :

 

[Les bibliothèques et les médiathèques] sont bien souvent les premiers équipements culturels d’une commune. Elles demeurent l’un des principaux accès libres et gratuits à l’information, aux savoirs et à la culture. En prise avec la révolution numérique, elles sont aussi des vecteurs de lien social.

 

 

Plusieurs associations professionnelles cosignent le communiqué, dont l'Association des bibliothécaires de France, l'Association des archivistes français ou l'Association des directeurs des bibliothèques municipales et intercommunales des grandes villes de France.

 

L'IABD aurait pu citer un autre représentant du gouvernement, le ministère de la Culture : la rue de Valois rappelle en effet chaque année que les bibliothèques et médiathèques, par leur densité, restent « l'équipement public culturel le plus fréquenté par les Français », dans son rapport annuel sur les bibliothèques municipales.

 

À ce titre, la suite des propos de la ministre Lebranchu fait sourire. L'intervention de l'État « en régulateur, là où les opérateurs privés ne vont pas naturellement » (pour la fibre, dans son entretien), est justement un des objectifs des établissements de prêt : combler les inégalités des territoires en matière d'accès à la culture, pour éviter la formation de déserts culturels.

 

En 2014, l'IFLA (Fédération internationale des associations de bibliothécaires et d'institutions), au cours de son congrès international à Lyon, avait mis en avant l'évaluation de l'impact social et économique des établissements d'accès à la culture et à l'information pour parer les baisses de budgets. « Les bibliothèques ne sont pas un coût, mais un investissement », soulignait à cette occasion Glòria Pérez-Salmerón, directrice de la Bibliothèque nationale d'Espagne.

 

Les établissements espagnols s'étaient réunis pour évaluer leur impact sur l'économie espagnole : les établissements participaient pour 3 à 4,2 millions € par an à l'économie du pays, et, en moyenne, 1 € investi dans les bibliothèques générait entre 2,80 et 3,80 € en retour sur investissement.

 

Peut-être le moment est-il venu d'évaluer un tel impact pour les établissements français...