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Médiation autour du numérique, l'arme secrète des bibliothèques

Antoine Oury - 07.02.2013

Edition - Bibliothèques - médiation du livre - bibliothèque - publie.net


La médiathèque de Jaude, à Clermont-Ferrand, s'impose comme l'une des plus grandes de l'agglomération, avec ses 1.300 m² : certains usagers n'y passent pourtant qu'en coup de vent, sur le retour du travail. Pour tous, mais peut-être encore plus pour ces publics, le bibliothécaire assume alors le rôle du phare dans l'océan culturel (120.000 documents) qui les emporte.

 

 

Extrait de la brochure Bibliothèques et médiathèque de Clermont Communauté

 

 

Poésie. Contemporaine. Numérique. Ce repoussoir complet pour les vendeurs de produits culturels s'est installé dans la médiathèque de Jaude, pendant un an, au sein du catalogue Publie.net. « Notre abonnement s'est interrompu, car l'objectif est désormais de passer à un accès pour tous les usagers de l'agglomération » explique Yann Duphil, bibliothécaire : la consultation pourrait reprendre plus vite que prévue, avec une candidature d'ores et déjà déposée pour l'opération 50 EPUBs 100 bibs de l'éditeur.

  

Ce dernier fait malheureusement toujours office de franc-tireur, ou prêteur : « Nous sommes en demande, sans offre en face. Nous sommes obligés, légalement, de passer par des réseaux comme les offres publiques, où les éditeurs sont absents, car concentrés sur la vente aux particuliers. Publie.net est l'un des rares à s'intéresser à la situation des bibliothèques et à la gestion des fichiers » poursuit Duphil.

 

La source des soucis pour la médiathèque de Blanzat, inaugurée samedi : « On se bat avec les bibliothèques Adobe et les DRM » confie Laetitia Wystrach, responsable des ressources numériques sur le bassin de lecture Nord (200 titres payés, 1200 gratuits). Un combat d'autant plus incompréhensible que les verrous se lèvent pour les particuliers, pas pour les établissements de prêt. « Nous passons par ePagine et piochons dans leur catalogue, mais il faut gérer les achats avec des identifiants Adobe, des adresses mails et des sessions Windows, le tout limité à 6 supports seulement... Je vous laisse imaginer. »

 

Ce que la bibliothèque ajoute au livre

 

De leur côté, les bibliothécaires ont pourtant la médiation : des actions très ciblées pour des publics qui le sont tout autant, histoire de faire mouche à coup sûr. « Nous avons travaillé avec plusieurs classes de lycée, sur la poésie contemporaine de publie.net », explique Yann Duphil : même les documentalistes ont découvert ce que le numérique changeait dans l'écriture, la lecture, l'édition de poésie aujourd'hui, à partir des textes de quelques auteurs. 

 

Ce travail s'exécute en collaboration avec les équipes pédagogiques, et permet de renforcer des actions à grande échelle, comme les Escales Littéraires que la région Auvergne organise avec son réseau de lycées professionnels. Dans les bibliothèques et médiathèques de l'agglomération, les lycéens ont pu profiter d'une offre papier, mais également numérique. Quand les catalogues bugguent et refusent d'afficher les liens vers les EPUB, les bibliothécaires bricolent des « livres fantômes » marqués d'un QR Code : « Qu'est-ce que c'est ? » revient souvent, admet le bibliothécaire.

 

« On a raté un certain nombre de virages au sein des bibliothèques, je pense aux MP3 ou aux DVD devenus obsolètes, et se positionner sur le livre numérique est important » explique Yann Duphil. Les établissements se fédèrent autour de la BPI, via le consortium Carel qui cherche à promouvoir le prêt numérique en bibliothèque, ou même à distance. « Le téléchargement hors établissement ne nous inquiète pas : plus l'offre grandit, plus on devient indispensables » : ce n'est pas de la prétention, juste de la médiation.