Méfiance, éditeur : et si la bibliothèque vendait des ebooks ?

Nicolas Gary - 06.08.2013

Edition - Bibliothèques - offre numérique - bibliothèques - éditeurs américains


Le serpent finit par se mordre à pleines dents la queue, tant les relations entre bibliothécaires et éditeurs ne s'améliorent pas, sur la question du livre numérique. Alors que les usagers réclament des oeuvres dématérialisées, les établissements tentent de ne pas se faire saigner à blanc avec les offres des maisons. Ce n'est pas de la mauvaise volonté : simplement une question de budget et de négociations avec les Big Six.

 

 

 

 

 

Dans un entretien publié par NPR, toute la complexité de la situation est largement couverte. Les tensions entre maisons et bibliothèques découlent d'une problématique simple : les premiers refusent de perdre de l'argent, tandis que les seconds s'estiment coupés de leurs usagers. Et si de premières expérimentations ont cours, elles sont encore loin de contenter les bib', au point que ces dernières cherchent les moyens de contourner les tarifications élevées et les restrictions qu'imposent les maisons.

 

Pour alerter les consommateurs, une page Facebook a été mise en place, détaillant précisément les conditions financières dans lesquelles les établissements peuvent s'approvisionner en ouvrages numériques. Une sorte de benchmark des éditeurs, où l'on voit bien qui essaye de se goinfrer, et qui reste à peu près courtois. 

 

Or, dans ces temps qui changent, le comportement des éditeurs est intenable, estiment les bibliothécaires. À travers tout le pays, les bib achètent environ 10 % des ouvrages publiés par toutes les maisons, et même 40 % dans le secteur jeunesse : des millions de dollars assurés pour lesquels les maisons offrent des remises. Mais en matière de livres numériques, les offres ne sont ni raisonnables ni durables. Jamie Larue, directeur des bibliothèques du comté du Douglas County n'y va pas par quatre chemins.

 

« Dans un marché libre, les entreprises sont libres de fixer leurs prix. Mais nous sommes aussi libres de chercher de meilleures affaires - et nous en avons trouvé une. Au lieu d'accepter passivement ce qui représente une diminution de 33 % du pouvoir d'achat de la bibliothèque, nous étendrons notre réseau d'éditeurs numériques pour inclure ceux qui sont plus compréhensifs devant nos besoins et nos budgets. »

 

Ainsi, ce sont douze groupes identifiés, soit 800 sociétés, qui profiteraient prochainement du marché de la bibliothèque... Un modèle implacable, en réponse aux tarifs des éditeurs traditionnels. 

 

Si toutes les maisons ont des politiques différentes, la relation avec les bibliothèques se détériorerait sans peine avec une pareille mesure. Le budget public investi, véritable manne pour les éditeurs, serait une perte flagrante. Et plus encore, dès lors que les bib' s'intéresseront aux auteurs indépendants. Premier moteur de prescription auprès du public, peut-être que les ouvrages papier resteront l'un des marchés pour les éditeurs, tandis que le numérique ne viendrait plus que des acteurs du numérique. 

 

Mais Jamie LeRue enfonce le clou. « Et une autre chose dont les éditeurs pourraient prendre note, quand ils se seront assis : avec une plateforme numérique mise en place, la bibliothèque peut non seulement distribuer des livres numériques, mais elle peut également en publier. » Donc, en vendre. Et devenir par là même, le premier concurrent de toute l'édition...