Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Mein Kampf fait scandale dans un festival du livre : Ô Nice soit qui mal y pense

Bouder Robin - 06.06.2017

Edition - Société - mein kampf hitler - festival du livre nice - mein kampf légal


Dimanche 4 juin, au Festival du livre de Nice, un bouquiniste a été accusé de mettre en avant le pamphlet d'Adolf Hitler, Mein Kampf. Un acte qui a suscité l'intervention d'un élu de la région PACA... Car, si la publication et la vente du livre sont autorisées en France, elles ne doivent s'opérer sous certaines conditions, très cadrées.

 

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Des exemplaires de Mein Kampf dans une librairie indonésienne - Hellochris - (CC BY-SA 2.0)

 

 

C'est la polémique du week-end. Alors que du 2 au 4 juin se déroulait le Festival du livre de Nice, c'est un livre bien particulier qui a été mis sous le feu des projecteurs... et pas pour les bonnes raisons. Le bouquiniste concerné avait cru judicieuse l'idée de mettre en avant des auteurs comme Robert Brasillach ou Drieu La Rochelle, écrivains français jugés pour leurs engagements antisémites pendant la Seconde Guerre mondiale, mais également Mein Kampf, le fameux ouvrage rédigé par Adolf Hitler pendant ses années de prison.

 

Jean-François Téaldi, conseiller municipal de la commune de Cagnes-sur-Mer, présent sur les lieux et interpellé par les visiteurs, est intervenu pour forcer le libraire à retirer le livre de son stand. Le bouquiniste lui aurait alors répondu que, Mein Kampf étant tombé dans le domaine public le 31 décembre 2015, il n'y aurait rien là d'illégal, et que le retirer de la vente revenait à « censurer une expression culturelle ». Mais qu'en est-il réellement ?

 

Un livre de coloriages retiré des rayons... à cause d'un dessin d'Hitler


Techniquement, la publication du pamphlet de Hitler en France n'est effectivement pas illégale : depuis 1979, l'ouvrage peut être vendu en tant que « document historique ». Une réédition du livre était d'ailleurs prévue par Fayard fin 2016, repoussée depuis à 2018 pour des raisons obscures – mais que l'on devine politiques.

 

En revanche, le livre doit être accompagné d'un avertissement de huit pages expliquant pourquoi « aucun acte de propagande en faveur des thèses imaginées par Hitler ne pourrait être toléré en France » et rappelant les « crimes contre l'humanité auxquels a conduit cette doctrine ».

 

Par ailleurs, Fayard rappelait en décembre 2015 qu'aucune « politique commerciale agressive » ne serait faite sur le livre, « travail scientifique volumineux destiné à un public d'étudiants, d'historiens », et qu'il ne s'agissait absolument pas d'en tirer des bénéfices. Bénéfices qui, s'ils advenaient néanmoins, seraient reversés à une association non encore définie, selon Sophie de Closets, directrice de la maison d'édition.

 

D'ici à la réédition de Fayard, ce sont les Nouvelles Éditions Latines qui publient en France la traduction originale de Mein Kampf, depuis 1934, qui se vend chaque année de 2 000 à 3 000 exemplaires... Toujours moins qu'en Allemagne, où depuis sa réédition début 2016, le livre s'est écoulé à 85 000 exemplaires !

 

Bien entendu, ces chiffres exorbitants ne sont certainement dus qu'à une volonté de comprendre et de tirer des leçons de l'histoire... mais ont de quoi donner des frissons. Quant au salon de Nice, le contrôle devrait être renforcé pour les prochaines années. « Les organisateurs ne peuvent pas vérifier absolument tous les livres exposés, mais il est évident que pour l'an prochain nous allons faire en sorte que ce type d'ouvrages, incitant à des millions de morts, ou bien des livres xénophobes, antisémites et racistes ne soient pas exposés », explique Jean-Luc Gade, conseiller municipal délégué à la Littérature, au journal 20 Minutes.

 



Alors que certaines associations, dont Tous citoyens !, présidée par David Nakache, demandent aux organisateurs de cesser toute collaboration avec le bouquiniste accusé, le conseiller tempère  : « Nous avons immédiatement et logiquement fait retirer l'ouvrage. Pour la suite, nous ne réagissons pas à chaud. Nous allons prendre le temps de la réflexion pour voir ce que nous allons faire avec lui. »

Via 20 Minutes