Mein Kampf : Mélenchon ne veut pas d'Hitler chez son éditeur

Camille Cornu - 23.10.2015

Edition - Les maisons - mein Kampf - fayard éditeur - Jean Luc Mélenchon


Après que la maison Fayard a annoncé sa volonté de rééditer Mein Kampf en traduction française, les réactions n'ont naturellement pas tardé. Mais quand c'est un auteur de la maison qui prend la parole, en particulier quand c'est Mélenchon, elles prennent une dimension particulière. Jean-Luc Mélanchon a publié sur son blog une tribune où il s'opppose à ce projet. 

 

Place au peuple, CC BY-SA 2.0

 

 

La première traduction datait de 1934, aux Nouvelles Editions latines, et elle avait rendu Hitler furieux... Il entendait en effet ne diffuser que des traductions expurgées, tenant compte des différentes manières de voir de chaque pays. C’est cette traduction falsifiée que Fayard avait finalement publiée, en 1938. Leur volonté, alors, de republier une nouvelle traduction (par Olivier Mannoni) accompagnée d’un appareil critique, aurait pu être perçue comme une façon de remédier à cette première traduction, qui s’inscrivait alors vraiment dans une optique de propagande nazie. 

 

Que la réédition soit munie d’un appareil critique ne fait cependant aucune différence pour Mélenchon : « Votre volonté d’une édition critique, avec des commentaires d’historiens, ne change rien à mon accord. Éditer, c’est diffuser. La simple évocation de votre projet a déjà assuré une publicité inégalée à ce livre criminel. Rééditer ce livre, c’est le rendre accessible à n’importe qui. Qui a besoin de le lire ? »

 

Le livre, qui entrera dans le domaine public en janvier prochain, sera alors pourtant facilement accessible, d’autant plus qu’il en existe des versions numériques, déjà très simples à trouver sur internet. Le Land de Bavière, anticipant cette perspective, avait déjà hésité à en interdire toute nouvelle impression. La communauté juive s’était rangée de son côté, mais le projet d’interdiction n’avait finalement pas abouti.

 

Peut-on encore parler d’incitation à la haine raciale, peut-on se contenter d’enseigner en cours d’histoire les conséquences d’une idée sans analyser également le processus de propagande qui l’a accompagnée et précédée ? Interdire ce livre ne serait-il pas aussi lui conférer une aura mystérieuse qui mettrait en avant une certaine puissance ? Le fait de rendre accessibles ces idées est aussi une façon de contrôler la façon dont elles seront diffusées. 

 

Ce monde sans mémoire voit même un Premier ministre d’Israël nier la responsabilité de l’Allemagne nazie et de son guide dément dans la Shoah ! Ce monde sans mémoire voit le service public de télévision et combien d’autres promouvoir sans fin les nouveaux visages de l’ethnicisme dans notre pays y propageant le venin de la haine des autres et les germes de la guerre civile. Jean Luc-Mélenchon

 

 

Pour Mélenchon, le moment semble particulièrement mal choisi pour se lancer dans cette réédition : « Vous savez aussi bien que moi dans quel contexte cette édition va intervenir : dans toute l’Europe et en France, l’ethnicisme le plus ouvert et barbare s’affiche de nouveau. La leçon du bilan nazi et des incitations criminelles de Mein Kampf s’efface des consciences à l’heure où recommencent des persécutions antisémites et anti-musulmanes ». Mais surtout, il estime que la maison Fayard, ayant publié son propre livre, l’Ère du peuple, ne peut diffuser un texte prônant des idées totalement à l’opposé, et ne veut pas y être associé.

 

Je ne prétends nullement vous imposer mes vues, cela va de soi. Je crois qu’une maison d’édition est davantage qu’un commerce de la lecture. La vertu, la brûlante exigence pour l’esprit de se sentir responsable de tout et d’abord des autres, la célébration des enseignements humains fondamentaux doivent commander à ceux qui ont l’honneur d’être les « pousse à penser » de leur lecteurs. Mais je tiens à vous faire part de mon opposition personnelle, politique et philosophique à ce projet. Je vous demande donc solennellement de renoncer à cette publication. Jean Luc-Mélenchon

 

 

Et de menacer donc de quitter la maison d'édition, si elle en venait à des solutions mercantiles qu'il juge insupportables : « Même si l’affaire est bonne, perdez de l’argent plutôt que l’honneur de refuser de concourir si peu que ce soit aux crimes que notre époque contient de nouveau (...) Chère éditrice, je ne veux rien avoir à faire avec qui s’abaisserait à ce nouveau crime contre l’esprit et le devoir le plus ardent à la mémoire de ceux que ce livre a assassinés. Ne nous exposez pas à la honte d’avoisiner cette ignominie ».

 

Une simple affaire d’honneur, vraiment ? Interdire un livre qui a déclenché un des pires régimes de l’histoire peut-il être un simple positionnement symbolique ? Mélenchon réfléchit-il vraiment aux enjeux de cette réédition ou est-il simplement perturbé par le fait que ce soit son propre éditeur qui la prenne en charge ?