'Mein Kampf' ne sera pas vendu aux enchères par Pierre Bergé

Antoine Oury - 09.05.2014

Edition - Société - Pierre Bergé et Associés - vente aux enchères - Mein Kampf


La maison de vente aux enchères Pierre Bergé et Associés a décidé de retirer Mein Kampf et un livre à la couverture en peau humaine d'une séance prévue le 16 mai prochain. La décision fait suite aux réactions indignées du Bureau National de Vigilance Contre l'Antisémitisme (BNVCA), et l'enquête du Centre des Ventes Volontaires (CVV).

 


Mein Kampf

(jnshimko, CC BY-SA 2.0)

 

 

Dès le 6 mai, le Bureau National de Vigilance Contre l'Antisémitisme (BNVCA) montait au créneau, et pointait la présence de l'article 309, un exemplaire en allemand de Mein Kampf, dans le catalogue « Crimes et Châtiments » de Pierre Bergé et Associés. « Cet objet funeste est présenté comme s'il s'agissait d'un objet d'art, écrit par un poète ou un membre de l'Académie Française », soulignait le Bureau dans son communiqué.

 

Le BNVCA se montrait d'autant plus vindicatif, après l'annulation qu'il avait obtenu d'une autre vente, cette fois uniquement composée d'objets nazis, le 26 avril dernier. Il avait alors pu compter sur le soutien de la Ministre de la Culture. Dans son communiqué, le Bureau signalait qu'une lettre avait été envoyée au Président de la République, au Premier ministre, mais aussi aux ministres de la Culture et de l'Intérieur pour les alerter sur cet article estimé entre 3000 et 4000 €.

 

Le Centre des Ventes Volontaires (CVV), autorité de régulation des ventes volontaires aux enchères, s'est emparé de l'affaire, et a mené une enquête préliminaire sur la vente du 16 mai. Il a toutefois repéré un autre article sulfureux : un livre de documents concernant l'assassin Rambert et les tatouages en prison, réunis par le docteur Jean Lacassagne entre 1931 et 1934, « dans une étonnante reliure faite avec la peau de Rambert». Un cas notable de bibliopégie anthropodermique, qui n'a pas impressionné le CVV : « La loi interdit le commerce de restes humains. »

 

Pour éviter les polémiques, la maison Pierre Bergé et Associés a annoncé le retrait des deux lots de sa vente du 16 mai. Philippe Zoummeroff, qui vendait via « Crimes et Châtiments » sa bibliothèque de criminologie, a expliqué ses intentions : « J'ai acquis Mein Kampf pour montrer ce qui a existé, pour documenter l'abjection. J'ai décidé d'affronter ce que l'humanité a produit de plus innommable, depuis les tortures infligées au XVIe siècle contre les prétendues sorcières jusqu'aux plus insupportables dérives idéologiques du XXe siècle. Cette collection est le contraire de l'apologie ; c'est une dénonciation. Mais pour dénoncer, encore faut-il regarder l'histoire en face et ne pas en cacher la part la plus sombre ou la plus ignoble. »

 

La maison Pierre Bergé et Associés rappelle toutefois que la vente de Mein Kampf n'est pas interdite en France, dans son édition originale en allemand, ou dans une édition en français précédée d'un corpus explicatif. L'exemplaire qui devait être vendu pouvait donc l'être, puisqu'il s'agissait d'une édition originale allemande de 1925-1927.

 

Benoît Forgeot, expert principal de la vente, n'a pas caché sa déception face au retrait du lot : « Je suis un peu effondré par cette polémique. Cette collection n'a rien de fétichiste, elle est au contraire militante. Philippe Zoummeroff, 85 ans, est juif. Il a été caché pendant la guerre à Cahors et une partie de sa famille a péri dans des camps. » L'ouvrage en peau humaine a également été retiré de la vente.