Mes livres sont des désirs. Le numérique, c'est de la pornographie...

Clément Solym - 25.11.2011

Edition - Société - impots - livre - definition


Il n'y a rien de présomptueux à considérer que l'on oublie de beaux ouvrages, être fier du soin porté à leur couverture ou encore des heures de corrections multiples, des touches de perfection que l'on y a apportées. Tout cela justement pour concevoir un livre qui soit un objet de désir. C'est ce qu'un éditeur, Oliver Gallmeister, nous expliquait hier.

Et, en toute franchise, sa maison peut en effet s'enorgueillir d'un catalogue prisé en librairie, dont les collections sont soignées. « Moi je vends du désir. Quand le lecteur sort de librairie avec mon livre, il ne sait rien, il n'y a qu'à peine goûté. Ce qu'il sait, c'est la couverture qui le lui apprend, quelques pages feuilletées, et la quatrième qui lui résumera le tout. Le livre numérique, c'est de la pornographie. »

 



L'argument s'entend. Si, si. Parce qu'au risque de décevoir certains, ActuaLitté a toujours plaidé pour que chacun puisse lire comme il l'entend. La différence, c'est que l'on plaide également pour que chacun ait le choix de lire dans le format qu'il désire. (voir Manifeste du Tolérant)

 

Du désir et du tramway (qui sifflera trois fois)

Le livre numérique serait donc de la pornographie en regard de ce que la conception d'un ouvrage de papier pourrait être. En fait, si la lecture était sexuelle, le livre serait donc désir, et le livre numérique pornographie. Sans grivoiserie aucune, il aurait fallu demander hier à notre éditeur, hier soir, s'il n'avait jamais eu des envies de pornographe, que Brassens lui-même n'aurait pas reniées.


Peut-être nous aurait-il répondu que le livre numérique c'est un peu le MacDonald de la restauration. Qu'après tout, un peu de pornographie dans le couple, c'est comme un MacDo sur une aire d'autoroute : on est content de le trouver, mais jamais on y retournerait, si ce n'est contraint est forcé. Diable : une vie passée à entretenir le désir seul, donc, et jamais à... passer à l'acte ? Ce doit être épuisant - et passablement frustrant. Mais voilà un domaine qui nous concerne déjà moins et les trompettes de la renommée n'ont pas clamé assez fort à nos oreilles pour que nous cherchions à savoir « avec qui et dans quelle position Oliver plonge dans le stupre et la fornication »...

En fait, ce que l'homme, aussi bien ermite que philosophe en sa caverne, nous fait comprendre, c'est que l'on baigne et baigne encore dans un contexte culturel qui n'est pas capable de dissocier l'oeuvre, de son support. C'est d'ailleurs un peu triste, mais de fait, pointez un objet-livre devant les yeux d'un quidam, il vous dira du haut de toute sa perplexité devant votre question : « Ben c'est un livre, t'es con ou t'es con ? » Et il n'aura pas complètement tort.

 

Fisc fucking ?

C'est que non seulement notre société vit depuis cinq siècles d'impression avec l'idée qu'un livre a un début et une fin, et entre les deux couvertures, des feuilles de papier, mais surtout, les Impôts lui ont imposé (très fort) une définition qui aujourd'hui ne peut sortir de l'esprit du grand public.

« Ainsi, un livre est un ensemble imprimé, illustré ou non, publié sous un titre, ayant pour objet la
reproduction d'une œuvre de l'esprit d'un ou plusieurs auteurs en vue de l'enseignement, de la diffusion de la pensée et de la culture. » Qu'est-ce donc que cela ? La définition fiscale d'un livre, selon le code général des impôts, article 278 bis 6°.

Notre société vit donc avec l'idée de ce qu'est un livre, en bonne et scrupuleuse application de ce que le CGI lui a expliqué. Et la société depuis quelques centaines d'années de plus.

Mais un livre numérique, non, ce ne peut pas être un livre. Puisque d'abord, cela ne répond pas à la définition fiscale, ensuite qu'il n'y a pas de papier, ni de colle, et moins encore de fils, pas de couverture, que c'est dématérialisé... Bref, le livre numérique est donc un pornographe.

 

Difficile donc pour cet ami sollicité de nous répondre autre chose que : « C'est un livre » quand on lui pointe un assemblage de feuilles. Nous sommes incapables de dissocier contenu et contenant, pour de bonnes ou mauvaises raisons d'ailleurs. Et dans tous les cas, des raisons qui nous appartiennent, relevant de la sensibilité, de la culture, de l'ouverture d'esprit, etc.


Alors, au fait, mesdames : quels sont les préliminaires les plus longs dans ce cas, ceux qui préexistent à la création de l'ebook ou du pbook ?