Mettre des livres en prison, une noble cause

Clément Solym - 13.06.2012

Edition - Société - Prison Book Program - distribution de livres - 40e anniversaire


40 ans que le Prison Book Program fait passer des ouvrages entre les barreaux des prisons. Créée en 1972, l'initiative est assurée par des volontaires qui collectent, trient et font parvenir aux détenus des livres, tous genres confondus. Depuis leur installation dans une ancienne église du Massachusetts en 2004, le Prison Book Program estime en avoir distribué près de 140.000.

 

Chaque mardi soir, jusqu'à une heure avancée de la nuit, c'est l'effervescence dans l'église désaffectée de Quincy : pas de messe noire, mais une bande de volontaires acharnés, qui empaquettent des dizaines, voire des centaines de livres. Destination : les prisons du pays, où l'accès aux livres n'est pas garanti. Il est en effet interdit aux détenus de recevoir des ouvrages de leurs proches, et seuls les livres achetés en librairie sont autorisés.


 

Prison cells

 

 

« À 43 ans, je me suis retrouvé une fois de plus en prison, sévèrement déprimé à l'idée de ne jamais pouvoir sortir du cercle drogue-incarcération. J'étais totalement seul et pensais au suicide. Et puis j'ai lu le Journal d'Anne Frank. D'une traite, et je n'ai plus été le même. La gamine a fait pleurer ce vieux bonhomme. Cette petite fille m'a tendu un miroir, m'empêchant d'éviter une fois de plus la confrontation avec moi-même » témoigne un prisonnier qui avait reçu le livre des mains d'un volontaire.

 

Le Prison Book Program ne fournit pas que de la fiction aux détenus : depuis 1988, il édite un bulletin d'information qui dispense conseils, bons plans et renseignements en vue de leur réinsertion. Mais aussi « Legal Primer », un recueil qui recense les droits des détenus et les dispositions légales relatives à l'incarcération. Mais « les dictionnaires sont, de loin, les livres les plus demandés. Plus d'un millier ont déjà été distribués cette année » explique Pam Boiros, une volontaire de longue date. Pour sûr, la peine de prison laisse le temps de venir à bout du dictionnaire, de A à Z.

 

Les demandes des prisonniers ne se limitent toutefois pas aux simples questions orthographiques : western, romans policiers, des Stephen King, l'autobiographie de Malcolm X ou la biographie de Luther King, des ressources pour préparer l'examen du GEP (General Educational Development)... Les volontaires ont du pain sur la planche. Heureusement, leur initiative a fait des émules, comme le Women's Prison Book Project ou une déclinaison du PBP en Caroline du Nord, créée par des anciens du Massachusetts.