Mexique : délaissés par le gouvernement, les libraires organisent leur survie

Camille Cornu - 10.12.2015

Edition - International - Mexique - association libraires


Les librairies mexicaines subissaient les aléas d'une législation inadaptée, malgré les tentatives de réfomes. En espérant faire réagir le gouvernement, le directeur d'une des plus grosses chaînes de libraires du pays, Porrúa, a profité de la dernière foire du livre de Guadalajara pour annoncer le lancement d'un groupement de libraires, et inviter tous ses collègues à le rejoindre.

 

Mexican Book Shop

Une librairie mexicaine (Chimpanz APe, CC BY 2.0)

 

 

Il ne fait pas bon être libraire au Mexique. Entre 2009 et 2014, une librairie sur dix y a fermé ses portes. Et ce n'était que la suite d'un déclin débuté une dizaine d'années plus tôt. Des tentatives avaient pourtant été amorcées pour redynamiser les ventes de livre. 

 

Alors qu'auparavant les grandes chaînes proposaient de forts taux de remise, jusqu'à 30 %, la loi sur le prix unique du livre avait été adoptée en 2008. Elle était néanmoins trop difficilement applicable pour être utile. Non seulement aucune sanction n'était prise contre les libraires ne respectant pas la loi, mais il existait un important marché du livre soldé, principalement en provenance d'Espagne.

 

En effet, les Espagnols bénéficient depuis 1980 d'aides à l'exportation, et les importations de livres sont exemptées de droits de douane. Les ouvrages non écoulés sur le marché espagnol étaient massivement proposés soldés au Mexique. 

 

Marcelo Uribe, éditeur récompensé par un prix lors de la Foire internationale du livre de Guadalajara, faisait savoir en 2013 à quel point cette loi avait été inutile 

 

: « Les prix continuent d'augmenter, les méthodes de ventes s'appuient sur de fausses promotions et pas sur le livre lui-même, les monopoles augmentent et les librairies ferment, tandis que le libraire qui respecte la loi est puni par le marché et celui qui la viole n'est puni par personne. Au final, le vrai perdant est le lecteur, avec des prix élevés, des promotions décevantes et un stock de livres disponibles vraiment réduit » confiait-il à Publishing Perspectives. « Il n'y a pas un pays qui ait voulu installer une législation sur le livre qui a commis l'erreur absurde d'essayer de maintenir les promotions parallèlement à un prix unique. »

 

Se battre pour les droits des libraires

 

Un groupement d'éditeurs et de libraires mexicains a donc décidé de réagir. Lors de la dernière Foire Internationale de livre de Guadalajara, ils ont annoncé la création d'une association de libraires. Son président, Rodrigo Pérez-Porrúa, directeur de la chaîne de librairies Porrúa, a annoncé que le but de l'association était de représenter les libraires et de se battre pour leurs droits. 

 

« Nous nous unissons parce que les libraires représentent une part importante de la chaîne du livre, et nous invitons tous les libraires du pays à nous rejoindre », a-t-il dit, ajoutant que si la majorité des libraires ne le rejoignait pas, l'initiative aurait moins de poids.

 

Il espère que son association aidera à imposer une législation sur le livre qui fixerait un prix maximum, éliminerait la TVA payée par les libraires (actuellement de 16 %), et qui combattrait le piratage. Il en a profité pour ajouter qu'une des causes du piratage serait justement le manque de librairies... L'association proposerait également des programmes de formation pour les libraires, afin de rendre leur travail plus efficace. 

 

« Les librairies traversent une période difficile au Mexique, avec un régime fiscal qui les mène à ferme, particulièrement les petites librairies de proximité », a-t-il encore ajouté. En effet, si le Mexique dénombre environ 1200 points de vente de livres, seuls 400 d'entre eux, environ, sont des librairies classiques, le reste étant récupéré par les centres commerciaux, les aéroports ou les hôtels. 

 

Si la production numérique est très basse au Mexique (38 titres produits en 2009, totalisant 9860 exemplaires), c'est pourtant un des pays où Kobo a choisi de s'implanter récemment, en ouvrant deux librairies, grâce à un partenariat avec Porrúa, qui lance justement cette nouvelle association.

 

(via Publishing Perspectives)