Mexique : le piratage est entré dans les moeurs des habitants

Victor De Sepausy - 28.10.2017

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Des milliards de pesos, et une croissance qui se poursuit, sans que l’on ne parvienne à l’endiguer. La contrefaçon au Mexique permet aux habitants de se fournir à des prix dérisoires. En cause, une demande toujours plus forte, et, selon les organisations professionnelles, le manque de législations punitives et efficaces pour réprimer et prévenir. 


México - Frankfurt Buchmesse 2015
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

 

Dans le monde numérique, la transformation d’un bien culturel en produit binaire, composé de 0 et de 1, est un simple tour de passe-passe. Sur les marchés noirs, tout est commercialisé, tout est proposé. Pire, se demande-t-on : y’aurait-il un engouement spécifique des Mexicains pour cette offre, plus que pour les produits légaux. 

 

Sur l’année 2016, les chiffres avancés par l’Instituto Tecnológico Autónomo de México, montre que, dans le cadre de son enquête sur le piratage, 42 millions de personnes ont acquis film, logiciels, photos, ou encore livres, illégalement. Près d’un tiers de la population de ce pays qui comptait en 2 016 127,5 millions d’habitants. 

 

Menée conjointement avec la Coalición por el Acceso a la Cultura (CALC) et la société Con Estadística, cette enquête démontre toute l’importance de la contrefaçon, et à quel point elle est entrée dans les mœurs. 

 

Confrontée aux données de l’analyse réalisée par Notimex, on obtient un paysage plus large encore : 36,3 millions de Mexicains auraient consommé des biens culturels piratés physiquement, contre 26 millions en numérique. La musique reste le plus grand enjeu, suivi immédiatement par le cinéma. 
 

Notimex note cependant que 1,8 million des consommateurs interrogés ne savait pas qu’il se procurait des produits contrefaits, contre 2,7 millions qui agissent en toute connaissance de cause.

 

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Pour ce qui est du livre, à proprement parler, l’étude montre que 6,8 millions de personnes ont acheté un ouvrage physique contrefait, avec en moyenne, une dépense de 124,25 pesos. De même, pour le livre numérique, 4 millions de personnes ont téléchargé au moins deux fois dans l’année un ebook illégalement, et pour 78 % d’entre eux, ils ne violaient aucune loi.
 

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Tábata Vilar, directrice de la Cámara Nacional de la Industria Cinematográfica, l’enquête démontre clairement que la contrefaçon est entrée dans les mœurs de ses concitoyens. Non seulement cela n’est pas perçu comme un crime, mais surtout, le contexte social le tolère et personne n’en dénonce l’usage.

 

Chaque année, le Mexique perdrait 74 milliards de dollars, liés au piratage et la contrefaçon — définissons le premier terme comme lié au numérique et le second pour les biens physiques [définition arbitraire, NdR]. Cela représenterait 9 points de PIB, mais avec surtout des répercussions sociétales que les citoyens mesureraient mal. 

 

« Avec le piratage, d’autres activités sont financées comme les enlèvements, le trafic d’armes, la pornographie infantile et la vente de produits contrefaits. En 2016, elles ont généré près de 21 milliards de pesos, c’est à dire trois fois le montant qui a été coupé pour l’enveloppe des sciences et technologies dans le budget fédéral », indique Tábata Vilar.

 

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Manuel Herrera Vega, président de la Confederación de Cámaras Industriales (Concamin), déclare qu’il revient aux autorités de mettre un terme à cette activité illégale. Il réclame que l’on durcisse les peines, « parce que tout cela représente un crime grave et injustifié, qui contribue à instaurer un climat dangereux d’impunité et de laxisme vis-à-vis des lois. Lois que tut le monde peut manifester outrepasser sans en subir les conséquences ».



via El Semanario