Meyzieu, un premier pas vers les tueries à l’américaine ?

Clément Solym - 01.05.2008

Edition - Société - Meyzieu - tueries - américaine


L’affaire Meyzieu dont nous vous avons déjà parlé pose la question de l’arrivée du phénomène des tueries en milieu scolaire, phénomène qui touche actuellement essentiellement les Etats-Unis. Mais les spécialistes s’accordent pour l’instant à ne voir dans ce drame qu’un fait isolé. La planification est certes nouvelle avec des cibles (7 ou 8 camarades) mais les méthodes sont tout de même incomparables.

Un adolescent mal dans sa peau qui cherche à se venger :

L’adolescence est aussi une période où on « s'identifie volontiers aux héros négatifs » et où « on a moins conscience des conséquences des actes », estiment plusieurs spécialistes interrogés par l'AFP. Même si la « tuerie » n'a pas eu lieu, il n'existe en France aucun précédent à une telle démarche, selon les archives de l'AFP et Eric Debarbieux, spécialiste de la violence scolaire.

Le jeune homme n'a fait que parler de « tuerie », relève Christophe Soullez, criminologue, responsable de l'Observatoire national de la délinquance, pour qui « ce type d'acte est toujours révélateur d'un besoin d'être à un moment un acteur de l'actualité. Donc il y a une tendance à exagérer son +exploit+ ».

Une différence de taille avec les Etats-Unis : les armes utilisées

Il rappelle que, contrairement à Colombine ou Virginia Tech, où les jeunes ont tiré avec des armes de poing, faciles à se procurer aux Etats-Unis, dans ce cas, l'adolescent a agressé ses victimes à l'arme blanche. « L'impact ne peut être le même puisqu'il avait beaucoup de chances de se faire arrêter », dit-il.

Comme lui, Sebastian Roché, sociologue au CNRS spécialiste de la délinquance des jeunes, insiste sur le fait que « quelqu'un en France qui aurait des intentions meurtrières et disposerait d'une arme semi-automatique, tuerait autant de gens qu'aux Etats-Unis ». Pour lui, « on ne peut pas tirer des conséquences sur la transformation de la nature de la délinquance à partir d'un seul cas ».

Un événement exceptionnel révélateur d’un mal être personnel :

Pour Eric Debarbieux, professeur en Sciences de l'éducation à Bordeaux et président de l'Observatoire international de la violence à l'école, le geste d'un collégien qui a poignardé trois de ses camarades à Meyzieu (Rhône) est « exceptionnel » et s'apparente à un « effet d'imitation » de ce qui a pu se passer ailleurs.

« Il s'agit d'un effet "copy cat", c'est à dire un effet d'imitation de ce qui a pu se passer ailleurs, notament aux Etats-Unis. Cette affaire m'apparaît comme quelque chose d'exceptionnel, il ne faut pas banaliser les choses. Comme dans tous les cas de ce type de violence de mineurs, il ne s'agit pas de dire que la violence a été créée par internet ou le spectacle morbide qu'on peut nous donner quelquefois, mais que des exemples ont été donnés à quelqu'un qui avait envie de passer à l'acte. »

« Ce qui paraît clair, c'est qu'il y a là derrière, comme dans beaucoup de cas, un phénomène de harcèlement de l'agresseur lui-même. (Aux Etats-Unis) le FBI a montré que dans 80% des cas, l'agresseur lui-même a été harcelé. Derrière ce fait divers dramatique apparaît ce qu'est la réalité de la violence à l'école à travers ce phénomène du harcèlement, dans son aspect le plus spectaculaire : un gosse qui en a marre, qui pète les plombs et, résultat, veut se venger en tuant. »

« On sait qu'un élève harcelé à l'école à quatre fois plus de chances de faire une tentative de suicide à l'adolescence, que le harcèlement est lié aux problèmes de décrochage scolaire, d'absentéisme, de santé mentale ou de dépression nerveuse. »

« Ce qu'il y a de terrible dans cette affaire, c'est que c'était prévisible. Dans ces moments où les copains savent [...] qu'il avait lui-même déclaré qu'il voulait commettre un massacre, il faut des lignes de conduite explicites au sein de l'établissement scolaire. Il faut réagir. »


Mis en examen pour « tentatives d’assassinats » :

Le collégien, qui avait planifié une tuerie sans précédent en France en milieu scolaire et poignardé trois de ses camarades lundi à Meyzieu (Rhône), a été mis en examen mercredi soir pour « tentatives d'assassinats », a indiqué le parquet de Lyon. L'adolescent, placé sous mandat de dépôt, s'est vu signifier sa mise en examen dans la chambre d'hôpital où il était toujours hospitalisé pour avoir tenté de se suicider peu avant son interpellation, a précisé à l'AFP le procureur de la République, Xavier Richaud.

« L'agresseur présumé, âgé de 15 ans, encourt une peine de vingt ans de prison, soit la moitié de la peine prévue, du fait de sa minorité », a indiqué M. Richaud. « Il commence à prendre conscience de ce qu'il a fait », a-t-il ajouté, soulignant que « pour l'instant, le remords n'est pas dans sa logique ».

L'adolescent, mal dans sa peau et souffre-douleur dans son collège, était « très inspiré » par les massacres commis dans des écoles américaines et avait planifié « une tuerie » en ciblant 7 ou 8 camarades « avec qui il ne s'entendait pas », selon le procureur.

« Dimanche soir, il a prémédité son geste en préparant chez lui trois grands couteaux de cuisine, dont les lames étaient de 15 à 20 centimètres, et puis lorsqu'il s'est retrouvé dans l'établissement lundi matin (...) il a décidé de passer à l'acte », a précisé M. Richaud.

L'agresseur présumé avait sérieusement blessé, dans deux salles de cours, trois camarades âgés de 14, 15 et 16 ans, dont un grièvement au thorax. Les trois victimes étaient toujours hospitalisées mercredi mais leur état n'inspirait plus d'inquiétude.