Michel-Édouard Leclerc : 60 ans de prix bas... sur le livre excepté

Clément Solym - 18.10.2011

Edition - Société - Leclerc - reportage - espaces culturels


Il n'a pas confiance en lui, avoue être « un type hyper sensible » voire il ne s'aime pas, mais Marc-Edouard Leclerc reste le grand patron de l'enseigne du même nom. Que l'on connaît dans l'industrie du livre pour ses grands coups de butoirs en 1981, alors que se discutait la loi sur le prix unique du livre. Et même après.


Le 28 octobre, un reportage prenant Michel-Edouard Leclerc (Marie de son véritable second prénom, comme tout Breton, paraît-il) sera diffusé sur France 5, à 21h30, dans l'émission Empreintes. Présenté par Annick Cojean, il retrace les 60 années du groupe, dans un documentaire passablement convenu (réalisation Pascal Moret et Fabrice Papillon), qui revient sur toute la vie de l'entreprise, depuis ses débuts familiaux.

 

Leclerc, toute une histoire

 

Aujourd'hui, Leclerc, premier distributeur français, explique le reportage, pèse 35 milliards € de chiffre d'affaires annuels, avec 92.000 employés et plus de 600 magasins. Et un patron qui revendique le besoin d'action, comme ayant mené sa vie. Mais c'est avant tout une politique de prix contrôlés et un engagement dans vie de l'ensemble de l'enseigne, qui fait le magasin Leclerc.

 

 

Voilà trente ou quarante ans, explique-t-il, les produits relevant de la société consommation n'étaient pas accessibles. De là, la mission de Leclerc de les mettre à disposition des consommateurs. Or, le distributeur se retrouve toujours, le pauvre, entre le client et le producteur. Des prix bas d'un côté, pour satisfaire la demande, mais une nécessaire mise en concurrence qui provoque d'évidents conflits...

 

« Une position schizophrénique, mais qu'on doit assumer », assure MEL. « Mon combat à moi c'est de rendre accessible » revendique une utilité sociale.

 

Et le reportage revient alros sur l'affaire des stations où l'essence était à prix cassé et qui a opposé à l'État français Leclerc, ou encore de la parapharmacie. Mais passe visiblement sous silence l'implication de la vente de livres dans les enseignes, sinon pour faire l'apologie d'un « goût immodéré pour la littérature », comme l'explique le communiqué de presse de France 5.

 

L'aventure littéraire d'un étonnant voyageur

 

Ainsi, MEL revendique qu'il est pour lui « très structurant que de lire et d'écrire ». Il confesse même « des prétentions littéraires, dont je n'ose vous parler, mais peut-être qu'un jour je m'y essaierai ».

 

A l'occasion même d'un passage au festival Etonnants voyageurs, qui se tient à Saint Malo, dont les établissements Leclerc sont parrains de la manifestation, MEL se lâche, sur le monde de l'édition, sur la littérature. « Ce monde me plait bien parce qu'il n'y a pas de paillettes. Ce n'est pas Cannes, ce n'est pas Saint Germain des Près », explique-t-il, en arpentant la foule, embrassant Alain Mabanckou, saluant un autre...

 

Et de revendiquer un lien avec les auteurs, voire de « vraies affinités avec artistes et écrivains ». Alors c'est certain, avoue-t-il, cette connexion est instrumentalisée, parce que les espaces culturels vendent les livres, et que tout cela est donc commercial. Mais il espère que leurs relations dépassent les questions de marché...

 

 

On le retrouve même à la terrasse d'un café évoquant avec Didier Van Cauwelaert un projet de beau livre, de coffret, quelque chose d'un peut complexe... « Je dois beaucoup à tous ces hommes et femmes qui entretiennent imaginaire et nous sortent des carcans sociaux », reconnaît-il.

 

Des prix bas, mais un silence de plomb

 

Or donc, pas un mot sur la vente de livres et la loi sur le prix unique, qui avait pourtant prix un grand coup dans les dents, encore en février 2008. C'était l'époque du rapport Attali, et les différentes mesures apportées. Selon MEL : « Il y aurait bien eu l'opportunité d'intégrer une 317e mesure dans le rapport. C'est l'abrogation de la loi Lang. » Dont acte. Mais depuis cette période, plus de nouvelles ? (voir notre actualitté

 

Et là où le reportage s'attarde sur les questions d'essence peu chère ou de parapharmacie, rien sur la volonté de Leclerc d'avoir à cette époque voulu faire baisser, au profit du consommateur, le prix des livres. On en retrouve pourtant trace dans l'historique même de la société.

De nombreux consommateurs sont rebutés par le prix des produits culturels. Fort de cette conviction, E.Leclerc tente de faire baisser les prix du livre, mais se heurte à la loi Lang. Cette législation de 1981 établit un prix unique pour le livre quel que soit son circuit de distribution et plafonne à 5 % le montant maximum des remises autorisées. Ne s'avouant pas vaincue, l'enseigne va lutter pendant trois ans, contre cet obstacle à l'accessibilité.

Cessations de livraisons des éditeurs, procès, mises en demeure, saisies des tribunaux… rien ne lui est épargné. En 1988, la Cour d'Appel de Paris oblige finalement E.Leclerc à s'incliner devant la loi Lang, en le menaçant de 1 000 € d'amende pour chaque livre vendu à un prix inférieur au seuil légal.
source)

Rien non plus sur le fait qu'avec un prix fixe du livre, les distributeurs réalisent en fait de fortes marges, puisqu'on leur impose un prix de vente, et qu'ils obtiennent tout de même des résultats forts sur les livres.

 

Et quid de la loi sur le prix unique du livre numérique ? Leclerc, qui a pourtant ouvert son ebookstore, est resté bien silencieux durant les questions parlementaires...

 

Mais peut-être qu'en cette période, le livre intéresse moins que l'essence ou la parapharmacie...




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