Michel Houellebecq perd son procès contre Le Monde

Antoine Oury - 08.09.2016

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Grosse actualité aujourd'hui pour l'écrivain Michel Houellebecq, pas vraiment à son avantage : d'abord, un appel au vote pour Marine Le Pen, qu'il aurait pu faire en 2013, et son procès contre Le Monde après la publication d'une série d'articles d'Ariane Chemin, qu'il vient de perdre.

 

Michel Houellebecq, en 2014, avec le réalisateur Guillaume Nicloux (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Quelques mois après la publication du sulfureux Soumission chez Flammarion, Michel Houellebecq était furieux : en juin 2015, la journaliste Ariane Chemin sollicitait l'écrivain pour une série d'articles estivaux consacrés à son œuvre et à ses proches, pour une parution dans Le Monde. L'auteur avait refusé, mais ne s’était pas arrêté là : il avait fait parvenir à la journaliste à une trentaine de professionnels de l'édition une lettre pour leur intimer d'éviter Ariane Chemin comme la peste.

 

En juillet, il s'exprimait de nouveau sur la journaliste dans... un entretien au Figaro : « Le véritable inconvénient de la célébrité, ce sont les médias. En ce moment je suis pourchassé par le “Monde”, plus précisément par Ariane Chemin. Ce qu'elle fait d'habitude c'est un mélange de faits divers, d'affabulations crédibles et d'insinuations malveillantes — en réalité, c'est du niveau de “Voici” », assurait-il.

 

Mi-août 2015, les fameux articles signés Ariane Chemin furent malgré tout publiés. Et quelques semaines plus tard, Le Monde annonçait faire l’objet d’une plainte de la part du romancier pour violation des droits d’auteur et violation du secret de ses correspondances. Michel Houellebecq assurait que le journal lui avait porté préjudice en publiant un mot qu'il avait transmis à son avocat, Me Emmanuel Pierrat, en 2002, disant, ironie du sort : « Ma décision est irrévocable : les médias, pour moi, c’est fini. »

 

Le Monde campait sur ses positions, en soulignant que le message avait été transmis par l'avocat à la journaliste avec l'autorisation de le publier. Le quotidien précisait même que l'avocat de Michel Houellebecq avait demandé à Arianne Chemin de préciser « Collection Emmanuel Pierrat ».

 

Le procès avait commencé en juin dernier : l'auteur réclamait un euro de dommages et intérêts et la publication du jugement. La 3e chambre civile du tribunal de grande instance de Paris devait se prononcer sur la nature littéraire du mot transmis par Houellebecq à son avocat, empreint du « style littéraire particulier qui reflète la personnalité de Michel Houellebecq », selon l'avocate de l'auteur, Me Nathalie Dubois.

 

À l'inverse, la défense du Monde, assurée par Me François Saint-Pierre, soulignait que ce billet ne pouvait pas être à la fois une œuvre littéraire, destinée à la publication, et une correspondance privée. Par ailleurs, le quotidien rappelait que l'écrivain avait tenu ces propos lors du procès en 2002, lié à des propos jugés islamophobes tenus par Houellebecq dans le magazine Lire.

 

Le Monde réclamait 10.000 € de dommages et intérêts à l'écrivain, pour procédure abusive, et la défense du quotidien déplorait également le procès d'intention fait par Houellebecq à Ariane Chemin. Dans son jugement rendu jeudi, la 3e chambre civile du tribunal de grande instance de Paris a condamné Michel Houellebecq à verser 4000 € au Monde pour les frais de procédure. L'écrivain peut faire appel de la décision, précise l'AFP. L'avocate de l'auteur, Me Nathalie Dubois, assure que le jugement « méconnait les principes essentiels de tous les auteurs à autoriser ou non la reproduction de leur correspondances ».

 

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