Michel Onfray annule la parution française de son livre sur l'Islam

Camille Cornu - 27.11.2015

Edition - Les maisons - Michel Onfray - Penser l'Islam - publication annulée


Michel Onfray, habitué à se retrouver entraîné dans des débats vindicatifs, semble cette fois s'être laissé dépasser par les événements. Suite à de récents propos controversés sur le terrorisme et sur l'islam, l'auteur du Traité d'Athéologie (2005), a décidé d'annuler la parution française de son livre à paraître en janvier, Penser l'Islam.

 

Alexandre Lopez, CC BY 2.0

 

 

Sur le site de Grasset, Michel Onfray présentait son livre ainsi : « Ce livre remet également en relation ce qu’il est convenu d’appeler le terrorisme avec la politique étrangère  islamophobe menée par la France derrière l’OTAN depuis des années. Nous nommons barbarie ce que nous ne voulons pas comprendre. L’islam terroriste a été partiellement créé par l’occident belliqueux. Les choses ne sont pas aussi simples que ce que, de part et d’autre, on voudrait nous faire croire. D’où la nécessité de se remettre à penser. Sur ce sujet comme sur d’autres. »

 

Depuis, l'auteur a été pris dans de nombreuses controverses concernant son rapport à l'Islam... Après les attentats du 13 novembre, il s'était laissé aller à son habitude de lancer des polémiques sur Twitter, publiant un post accusant les politiques français d'avoir mérité l'attentat en question : « Droite et gauche qui ont internationalement semé la guerre contre l'islam politique récoltent nationalement la guerre de l'islam politique ».

 

 

Alors qu'il y a encore quelques mois, Libération accusait l'auteur de faire le jeu du front national, aujourd'hui on le qualifie d'excessivement islamophile. Alors qu'Onfray appelait à la « paix des braves », soit à une trêve avec l'EI, son confrère Alain Finkielkraut qualifiait cette idée d'« extravagante » et dénonçait ce qu'il qualifiait de « pacifisme intégral ». Les appels de Michel Onfray à arrêter de combattre le jihadisme avaient été repris par une vidéo de l'État islamique il y a quelques jours.

 

Onfray, pourtant habitué à être pris dans des débats assez virulents, aurait été quelque peu dépassé par les événements : il a reconnu avoir été « instrumentalisé » par l'État islamique. Il a néanmoins ajouté : « On est toujours instrumentalisé par tout le monde ». 

 

Il a confié au Point une « grosse lassitude » face à ces controverses, et a donc préféré annuler la sortie de son livre en France. Il a évoqué l'« hystérie » que suscitent ses prises de position, et déclaré : « Le débat en France n'est plus possible ». Le livre sortira néanmoins à l'étranger.

 

Alors que sa présence sur les réseaux sociaux et en particulier Twitter est connue depuis longtemps pour être particulièrement houleuse, il a également annoncé qu'il fermerait son compte Twitter. Ce dernier est actuellement toujours actif. 

 

 

 

 

« J'en ai assez que mes tweets soient plus importants que mes livres. J'ai pris la décision de fermer mon compte Twitter. Je veux retourner dans mon bureau. Commenter les commentaires, ça ne m'intéresse pas. », a-t-il confié au Point. 

 

Hier matin sur LCI, interrogé par Audrey Crespo-Mara, il se justifiait face à ses attaques de défendre le terrorisme et en profitait pour faire le point sur ses positions pacifistes : 

 

« On ne bombarde pas les pays qui ont les moyens de nous bombarder, on ne bombarde pas les pays qui ont la bombe atomique, il y a plein d'endroits où on n'intervient pas et où pourtant les droits de l'homme sont bafoués, la Corée par exemple, ou la Chine qui a la bombe atomique. [...] Cette idée dans laquelle on veut nous enfermer, du genre "Nous sommes les civilisés, ils sont les barbares" : c'est exactement la même chose que pendant la guerre 14-18 (...) Bergson était tombé dans ce piège en disant que les Bosches étaient des barbares. » 

 
Michel Onfray face à Audrey Crespo-Mara

MICHEL ONFRAY S’EXPLIQUE. LE PHILOSOPHE RÉPOND À SES DÉTRACTEURS. Sur LCI, Michel Onfray était mon invité le 8 septembre dernier. A l’époque, tout allait bien. Mais, en deux mois, il est devenu l’homme à abattre. D’abord, mis dans le sac des « Néo-réac » qui font le jeu du Front National, il a été jugé islamophobe pour ses propos sur le Coran. Aujourd’hui, il est jugé indécemment islamophile quand il parle de Daech. Alain Finkielkraut juge son pacifisme « extravagant ». Onfray lui répond.

Posté par Audrey Crespo-Mara sur jeudi 26 novembre 2015