Michel Onfray, philosophe du buzz, créé sa Web TV

Antoine Oury - 06.09.2016

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À la télévision, ou même dans les médias en général, Michel Onfray est ce que l'on nomme un bon client. Tout le monde aime le détester, et le philosophe le rend bien : opinions tranchées, toujours dans l'excès et le sensationnel. La semaine passée, le philosophe nous gratifiait ainsi d'une condamnation des « adultes en trottinette », quand bien même la mode serait plutôt aux Hoverboard... Enfin, bref, Michel Onfray lance sa Web TV.

 

Michel Onfray no Fronteiras do Pensamento São Paulo 2012

Michel Onfray en 2012 (Fronteiras do Pensamento, CC BY-SA 2.0)

 

 

Il y a deux raisons possibles à la création d'une Web TV par un individu médiatique : soit il se retrouve soudainement moins présent à l'antenne, comme Jean-Marie Le Pen ou Dieudonné, soit il souhaite profiter des visionnages en streaming déchaînés qu'il génère à chaque apparition. Pour Michel Onfray, l'explication est évidemment la seconde.

 

Les chaînes se régalent, à chacune de ses interventions, avec les rediffusions en streaming qui pulullent les jours suivants sur les réseaux sociaux, particulièrement Facebook, très friand du format vidéo. Il suffira d'un extrait et d'un titre bien choisi, et voilà la trombine de l'agitateur dans tous les fils d'actualité du coin. Dans ce rayon, On n'est pas couché est bien entendu l'émission qui en profite le plus.

 

« La Web TV, c'est pas un truc à ma gloire comme il a été déjà dit », se défend Michel Onfray auprès de l'AFP, en expliquant que cette plateforme, michelonfray.com, viendra soutenir l'université populaire de Caen (UPC), une association loi 1901 créée en 2002 par le philosophe pour répondre à la victoire du FN au premier tour de l'élection présidentielle de la même année.

 

Chaque année, l'UPC propose une vingtaine de cours, gratuits et en accès libre, et Michel Onfray lui-même y donne un cours hebdomadaire depuis 2002, avec des interventions retransmises sur France Culture. Le philosophe est absent de la saison 2016-2017 de l'UPC, mais ses cours seront regroupés sur une semaine, l'année prochaine, a précisé le philosophe à l'AFP.

 

Gérer sa communication et son image

 

La création d'une Web TV est l'occasion pour Michel Onfray de « reprend[re] en main de façon libertaire et non libérale des informations » qui seraient présentées sous un jour peu favorable, ou de manière déformée, par les médias. La création d'une telle plateforme évoque également le déplacement de la promotion du livre de la télévision à Internet, qui s'observe de plus en plus.

 

Le site a d'ailleurs vocation à créer un lien assez fort avec les amateurs du philosophe, puisqu'ils pourront lui poser directement des questions, auxquelles Michel Onfray se fera une joie de répondre en vidéo. Le système est assez malin, car les questions seront désignées en fonction des votes des internautes qui disposent d'un compte sur michelonfray.com. Ainsi, les réponses en vidéo auront d'autant plus de chances d'être postées sur les réseaux sociaux, faisant fonctionner à plein régime le buzz onfrayen.

 

L'autre pari du philosophe est celui de la monétisation de sa parole, avec une plateforme qui deviendra payante à partir du 12 septembre prochain, et la mise en place d'un abonnement sans engagement à 4 € par mois ou 40 € par an. Difficile de savoir si ceux qui partagent volontiers les vidéos des interventions d'Onfray seront prêts à payer 4 € tous les mois pour en découvrir plus... Surtout si Onfray reste aussi présent dans les médias, en parallèle.

 

Onfray et les médias

 

Onfray fustige régulièrement le système médiatique, et notamment une Une récente de L'Express, assez provocante en effet, qui pose la question : « Faut-il brûler Michel Onfray ? » « C'est aussi parce que j'ai fait l'objet de campagnes de dénigrement un peu systématique dans des journaux ou des émissions de TV dont chacun se souviendra, que j'ai estimé qu'on devait pouvoir créer un média libre et indépendant », explique Michel Onfray sur sa plateforme.

 

Il souligne également que michelonfray.com lui permettra de se débarrasser des médias qui l'ont trop « traité de nazi » : pas de chance, l'AFP relève dans sa dépêche une des vidéos mises en ligne sur le site, un entretien avec Alain de Benoist, « figure idéologique majeure de l'extrême droite », sur Proudhon pour la chaîne TV Libertés...

 

La réalisation des vidéos du site est assurée par la société de production télévisuelle Téléparis. À ce titre, notons qu'il n'est pas possible d'intégrer les vidéos du site dans d'autres sites web, ce qui pourrait réduire leur viralité, même si la page Facebook du site pourrait en publier quelques-unes sur le réseau.