Michel Rocard, figure de la deuxième gauche, est décédé

Orianne Vialo - 04.07.2016

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Celui qui rêvait d’un destin présidentiel est décédé à la Pitié-Salpétrière (Paris 13) des suites d’un cancer qu’il combattait depuis des années. Michel Rocard, énarque et figure de la gauche française, s’en est allé à l’âge de 85 ans le 2 juillet dernier, après une vie jalonnée de temps forts déterminants pour la scène politique française.

 

Michel Rocard en 2012 (Rama, CC BY-SA 2.0)

 

 

Michel Rocard est né le 23 août 1930 à Courbevoie (Hauts-de-Seine), dans une famille de la moyenne bourgeoisie. Prédestiné à la carrière de polytechnicien par son père, il entreprend de suivre un chemin différent, en entrant, en 1947, à l’Institut d’études politiques de Paris. Il complétera son parcours en effectuant deux années d’études à l’École nationale d’administration (ENA), qui s’achèveront en 1958. (via Wikipédia)

 

Ex Premier ministre français sous Mitterrand lors de son second mandat de président de la République (1988-1991), fervent européen — il a cédé sa place de parlementaire européen en janvier 2009, après 15 de bons et loyaux services —, ministre de l'Agriculture, ministre d'État, ministre du Plan et de l'Aménagement du territoire, député ou encore sénateur : Michel Rocard a marqué les esprits ses grandes idées tournées vers l’avenir.

 

Un homme très engagé dans la politique

 

Considéré par beaucoup comme un héros de la deuxième gauche (rocardisme), il fait ses premiers pas dans la politique en adhérant à la section pour les jeunes de la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO) en 1949. Très vite, il se retrouve déçu par le parti politique et décide d’intégrer les rangs du Parti socialiste autonome (PSA). À cette époque, cette formation se trouve en rupture la SFIO par rapport à la position adoptée par le dirigeant socialiste Guy Mollet concernant la guerre d’Algérie d’une part, et d’autre part à cause du soutien de l’organisation au coup d’État gaulliste de 1958, les mêmes motifs qui ont poussé Michel Rocard à quitter la SFIO.

 

En avril 1960, le PSA fusionne avec d’autres formations politiques (entre autres, l’Union de la gauche socialiste), et devient le Parti socialiste unifié (PSU). Édouard Depreux, député et ministre de l’Intérieur sous la IVe République en est le premier secrétaire de 1960 à 1967. Michel Rocard reprend le flambeau de 1967 à 1973. En 1969, il décide de franchir un pas supplémentaire et se présente aux présidentielles, où il échouera avec 3,6 % des suffrages. Il est cependant élu député des Yvelines, poste qu’il occupe à trois reprises : d’octobre 1969 à avril 1973, d’avril 1978 à juillet 1981 puis d’avril 1986 à juillet 1988.

 

Un héros de la deuxième gauche

 

Dans la fin des années 70, le mouvement de la nouvelle gauche, aussi surnommée la deuxième gauche ou rocardisme, connaît une popularité sans appel. Opposé à la loi de nationalisation du 13 février 1982 votée durant le premier septennat de Mitterrand — qui consistait à nationaliser des groupes bancaires et financiers (Rothschild, Banque nationale de Paris, Crédit lyonnais, Société générale…) ainsi que des entreprises du secteur industriel (Suez, Thomson, Compagnie générale d’électricité…) —, le rocardisme accueille l’économie de marché. C’est d’ailleurs grâce à l’intervention de Michel Rocard et Jacques Delors pour imposer la traduction des ouvrages de l’économiste britannique Friedrich Hayek, que les principes de l’économie néolibérales ont fait leur arrivée sur le territoire français.

 

En octobre 1988, après un vote de l'Assemblée, il instaure le Revenu minimum d'insertion (RMI), l'allocation délivrée jusqu'en mai 2009 aux personnes sans ressources ou ayant des ressources inférieures à un plafond fixé par décret. En 1993, il franchit un cap supplémentaire en étant élu Premier secrétaire du PS avec 80,9 % des voix. 

 

“Si ça vous amuse” : voici ce que Mitterrand me disait lorsque, Premier ministre, j'osais aborder un sujet qu'il considérait de son domaine réservé ou lui soumettais une idée à ses yeux incongrue. Pour autant, cette phrase résume aussi mon propre parcours, fait de combats, d'engagements et d'actions. C'est cette trajectoire, passée par le scoutisme, imprégnée de la figure d'un père hors du commun, bouleversée par la découverte des camps de la mort, engagée dans la lutte contre la guerre d'Algérie, que je raconte. C'est cette trajectoire, placée sous le sceau du réformisme — au PSU comme aux ministères du Plan, de l'Agriculture, et évidemment à Matignon, mais encore comme député européen —, que je décris dans ces pages. De ce que j'ai réellement fait, les Français ne savent sans doute à peu près rien. Je me devais donc de réparer cette lacune. Une manière d'extraire de mon long parcours ce qui, je l'espère, en restera. Michel Rocard

 

En 2010, il avait publié ses mémoires intitulées Si ça vous amuse, avec en sous-titre, Chronique de mes faits et méfaits, aux éditions Flammarion. Dans cet ouvrage de 577 pages, l’énarque y a dépeint son parcours, celui d’un homme qui a toujours aimé à se jeter au coeur du combat, mais aussi des échanges politiques.