Midnight in Paris : Woody Allen a le droit de citer Faulkner

Nicolas Gary - 23.07.2013

Edition - Justice - Woody Allen - Midnight in Paris - William Faulkner


Fallait-il privilégier les héritiers de Faulkner, convaincus que Woody Allen avait contrevenu au droit d'auteur, ou laisser libre cours à la créativité du cinéaste ? La semaine passée la décision est tombée, suite à la plainte déposée par les héritiers du romancier contre Sony Pictures Classics, en octobre 2012. Souvenez-vous, c'était du film Midnight in Paris, cette carte postale de Paris, façon Allen, que tout était parti.

 

 

Petite balade parisienne, Marion Cotillard et Owen Wilson

 

 

Le personnage incarné par Owen Wilson, avec ferveur, déclarait

The past is not dead. Actually, it's not even past

Le problème est que cette phrase est attribuée à Faulkner, même si la citation est un peu bancale

The past is not dead. It's not even past.

 

C'est dans le livre Requiem for a Nun, publié en 1950, que l'on retrouvait pour la première fois la phrase. Pour mémoire, Barack Obama lui-même s'en était servi dans son discours, A More Perfect Union, en mars 2008. Mais pour les ayants droit, la violation du droit d'auteur est évidente dans le film d'Allen, et nul ne saurait laisser cette situation impunie. Donc, plainte, plus procès. Mais le juge Michael Mills, au terme de la séance, a trouvé que la demande des plaignants était un peu légère. 

 

Évoquer une violation du droit d'auteur pour une citation de neuf mots, n'est pas tout à fait la même chose que l'utilisation complète d'une oeuvre, et à ce titre, il faut parvenir à trouver une juste mesure. « Par ailleurs, il va sans dire que la citation en question est d'une importance quantitativement minuscule, en regard de l'ensemble de l'oeuvre. Ainsi, le tribunal prenant en compte les analyses qualitatives et quantitatives, penche en faveur d'un fair use [NdR : une utilisation juste]. »

 

Citer n'est pas jouer ?

 

« L'utilisation de cette citation est une contrefaçon et la présence du nom de WIlliam Faulkner dans le film en est une autre, susceptible de prêter à confusion, et d'induire le spectateur en erreur, en leur donnant à croire qu'il y a une filiation, une connexion ou une association entre William Faulkner, ses oeuvres et Sony », jurait les plaignants. On croyait tout de même rêver.

 

Leur avocat avait en effet tenté de faire valoir que cette citation contenait l'essence même du livre de Faulkner, et qu'à ce titre, il était nécessaire de porter l'affaire devant la justice. Il avait souligné que « la distribution du film contrefacteur par Sony était malicieuse, frauduleuse, délibérée et volontaire », et attendait évidemment contrepartie financière à la hauteur du dommage fait à l'image de l'écrivain.

 

Lee Caplin, représentant des ayants droit de Faulkner s'est simplement fendu de cette remarque :

« Nous sommes très déçus pas la situation du juge et nous pensons que non seulement il se trompe, mais surtout, cela sera dommageable pour toutes les personnes créatrices dans le monde. »

  

Le juge a tout de même douté que l'oeuvre de Faulkner fut galvaudée, au travers du film de Allen et que les héritiers soient lésés par Midnight in Paris. Bien au contraire, le film - et le procès autour de cette affaire - aura plutôt profité au livre de Faulkner, remis sous le feu des projecteurs. 

 

Ce qu'il faut peut-être ajouter, c'est que la phrase réellement prononcée dans le film est la suivante : 

The past is not dead! Actually, it's not even past. You know who said that? Faulkner. And he was right. And I met him, too. I ran into him at a dinner party. 

Le passé n'est pas mort ! En fait, il n'est même pas passé. Tu sais qui a dit ça ? Faulkner. Et il avait raison. Et je l'ai rencontré, d'ailleurs. Je lui suis rentré dedans à une fête.

 

Dans ce cas, la citation même de Faulkner aurait pu faire comprendre aux héritiers que leur cause avait quelque chose de perdu d'avance. 

 

Midnight in Paris, c'est l'histoire d'un Américain débarqué à Paris qui se retrouve pris dans une faille spatiotemporelle qui l'emporte dans la capitale, en plein coeur des années 20, retrouvant des figures comme F. Scott Fitzgerald, Ernest Hemingway et Gertrude Stein.

 

 

 

(via Hollywood Reporter)