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La Fondation pour l’Écrit, organisatrice du Salon du livre de Genève, offre chaque année à 10 jeunes auteurs de suivre le programme De l’écriture à la promotion. L’occasion de rencontrer différents acteurs de l’interprofession, et de progresser dans la découverte de leur métier. Pour ActuaLitté, mission leur est donnée de produire un texte en réaction à une actualité contemporaine. 


Manuela Ackermann-Repond est la deuxième à se lancer dans l’exercice.
 
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Peg HUnter, CC BY NC 2.0
 
Migrations : un monde à réinventer ?

L’automne déroule ses fastes et pare ses forêts d’ors, de rouges flamboyants. Les derniers oiseaux migrateurs se regroupent et pépient gaiement avant leur voyage annuel. Certains ne reviendront pas, préférant rester là où le climat leur est plus favorable, d’autres tomberont lors des nombreux écueils de ce périlleux périple. Ce qui est la norme pour certains oiseaux devient une obligation pour des populations humaines.

En Italie, le village de Riace défraie la chronique. Son très médiatique maire, accusé de favoriser l’immigration clandestine et d’organiser des mariages blancs, a été placé aux arrêts domiciliaires avant d’être interdit de séjour dans sa commune. Mimmo Lucano – c’est son nom – propose depuis vingt ans un nouveau modèle d’accueil des migrants. 

Dans cette Calabre qui se dépeuple à l’instar de beaucoup de territoires méridionaux, le maire de Riace a accueilli les réfugiés et leur a donné des maisons à rénover, peu à peu des commerces et des ateliers d’artisanat ont été créés et l’école a rouvert des classes. Une économie et un nouveau vivre ensemble se sont mis en place.

Dans la tradition de ces villages, l’accueil est une chose qui va de soi. « In Calabria, l’ospite è sacro », entend-on souvent. Lors des processions aux Saints patrons, une ferveur et un esprit de partage particuliers règnent au cœur des hameaux. On reçoit des Gitans, des habitants des montagnes, des parents exilés dans les églises et sur les places, autour de plats traditionnels, car l’hospitalité est indissociable de beaucoup de nourriture. 

Peut-on dire que c’est parce qu’ils ont souffert à travers les âges que les habitants de Riace ont ouvert leur cœur et leurs maisons aux immigrants qui ont bravé la mer pour une vie meilleure ?

Car la Calabre, terre dure s’il en est, fut le théâtre de multiples assauts. Les Grecs, les Romains, les Goths, les Arabes, les Albanais sont tous passés par ses collines, laissant des traces linguistiques, culinaires et bâties, ruines et statues dont les fameux bronzes de Riace. Cette région est connue pour sa pauvreté, ses terres ne suffisent pas toujours à nourrir la population. La ferveur, les processions ne remplissent pas le ventre. Pour rendre la vie des Calabrais encore plus difficile, la terre tremble, souvent, détruisant villages et plantations.

Une organisation mafieuse, la n’drangheta, y impose sa loi. Tous ces facteurs ont poussé les habitants à s’exiler, qui au Nord de la Botte, qui outre-Atlantique, jusqu’en Australie pour certains. On dit d’ailleurs communément qu’on trouve plus de Calabrais en Argentine ou aux États-Unis qu’en Italie. 

En 1998, un premier bateau chargé de 200 hommes, femmes et enfants, accoste sur le rivage de Riace Marina. Aussitôt, des hommes de bonne volonté œuvrent pour trouver des solutions. Année après année, les arrivées se succèdent. Certains poursuivent leur voyage vers les grandes villes, mais beaucoup s’établissent durablement à Riace. Un groupement d’habitants leur procure du travail, crée une association afin de coordonner l’accueil sans attendre les deniers de l’État. Des coopératives de tri et ramassage des déchets s’organisent avec les migrants.

Bien sûr, tout cela ne fait pas que des heureux. La n’drangheta, les politiques de droite condamnent. L’organisation mafieuse attaque, incendie des voitures de sympathisants ou membres du mouvement Città Futura, crible les maisons de balles et assassine les chiens du fils du maire. La commune de Riace se porte partie civile contre ces attaques. Elle est la première commune italienne qui ose s’opposer à la mafia. 

Mais aujourd’hui, le système élaboré dans cette commune vacille suite à l’arrestation de Lucano et au blocage de l’aide étatique. Les migrants sont repartis, soit vers de plus grands centres d’accueil, soit vers d’autres horizons. L’école a refermé ses classes, les commerces ne tournent plus. 

Le défi qui nous attend est de trouver comment réussir ces échanges, comment construire une nouvelle humanité. 

L’être humain est ainsi fait qu’il répugne à se défaire de ce qu’il possède et à partager ses biens et ses terres. Un reste lointain de son animalité, sans doute. Et paradoxalement, il est une des rares espèces où la solidarité est primordiale pour que son petit arrive à maturité. Le nomadisme fut certainement le premier statut de cette nouvelle race, faisant essaimer ce singe nu aux quatre coins de la planète.

Les migrations sont indissociables de notre statut d’humain, elles ont lieu à chaque coin de la planète ; aujourd’hui, une caravane de Honduriens traverse l’Amérique centrale, en Asie de nombreuses ethnies cherchent à fuir l’impérialisme chinois. Il est nécessaire d’inventer de nouveaux moyens pour vivre ensemble, un mode d’accueil plus efficient, pour répondre aux besoins des générations futures. 

L’affluence des migrants n’est pas prête de se tarir et il ne sert à rien de vouloir les repousser. Les plus désespérés ou les plus motivés reviendront. Les pays occidentaux, les privilégiés, ne peuvent indéfiniment garder porte close, la mobilité des personnes est devenue un principe irréversible et il faut désormais vivre avec. Le modèle de Riace fonctionnait, avec ses imperfections, car tout peut toujours être amélioré. Cependant les migrants se sont intégrés, ont insufflé une nouvelle dynamique à une commune moribonde.

De petites structures ont le mérite de favoriser des liens, de recréer des emplois, une vie faite d’échanges. Le futur est à la mixité et au métissage, n’en déplaise aux nationalistes. Il s’agit également de la survie des populations occidentales dont les taux de natalité chutent drastiquement. Les migrants actifs offrent de la main-d’œuvre et des cotisations aux budgets sociaux. La clandestinité, au contraire, enrichit les régimes mafieux et les passeurs, qui transforment la Méditerranée en un gigantesque cimetière. 

La mondialisation et les échanges sont déjà ancrés dans nos habitudes. Et si chacun d’entre nous ainsi que les politiques faisions preuve de courage et d’humanité, en tendant la main vers l’autre au lieu de nous calfeutrer dans un frileux entre soi ?

C’est une utopie à laquelle j’ai envie de croire.
 
Manuela Ackermann-Repond, auteure 
 
 

Retrouver l'ensemble de notre dossier De l'écriture à la promotion, les auteurs se professionnalisent




Commentaires
Moi aussi, j’aimerais croire à un monde où la solidarité et supérieure à l’égoïsme 😬
Très beau texte écrit certainement par une très belle âme ! Cela donne envie de croire en demain.
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